Sarah Tritz «Diabolo mâche un chewing-gum sous la pluie et pense au cul» / Fondation d’entreprise Ricard (FR)

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Sluggo n°3, 2015. Photo : ‎Maxime Thieffine
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Sarah Tritz

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«Diabolo mâche un chewing-gum

sous la pluie et pense au cul»

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Jusqu’au
09.01.16
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Les personnages que Sarah Tritz convoque à la Fondation d’entreprise Ricard – du mélancolique Diabolo, qui donne son titre à l’exposition, au délicieux Sluggo, tout droit sorti d’un comics américain des années 30 dans lequel l’artiste est aussi allée prélever les couleurs tendres, bleu ciel, vert d’eau, qui habillent les murs de l’espace – trainent derrière eux une cohorte d’invités mystères. Parents oubliés ou illustres ainés que l’artiste repêche sur le tamis de l’histoire de l’art et qui hantent la filiation accidentée des caractères, ou characters, qui peuplent son œuvre. Picabia et sa mariée à qui Sarah Tritz confie le soin d’accueillir les spectateurs à l’entrée de l’exposition, Roy Lichtenstein qui lui inspire sa femme noyée, le peintre allemand Willi Baumeister à qui elle empreinte une fresque intitulée Afrika pour une réplique granuleuse au dos d’une cimaise et encore Max Ernst dont elle déplie un petit dessin pour découper les contours tranchants d’un Géant totémique en trois dimensions.

Dans ce théâtre miniature, tout est jeu de regards et lignes de fuite. Regardez Sluggo dont la tête désolidarisée du reste du corps qui se fait la malle dans la salle d’après, trône comme un trophée de cheminée sur la cimaise au centre de l’exposition. Le sourire en coin, il fait de l’œil à la femme en pleurs épinglée sur le mur d’en face. Juste à côté, un smiley court sur pattes se moque des tentatives maladroites de représentation que Sarah Tritz, inspirée par un manuel de manga pour les nuls, a tenté sur un carré d’enduit frais. Quand aux jambes déposées à terre sur des tapis de danse aux couleurs bubble gum, soyons clair, ce sont elles qui nous matent.

Ici, donc, on négocie sec et on joue des coudes pour se faire sa place au soleil couchant devant lequel seule Charlotte, sculpture alanguie et à terre qui ouvre l’expo, avec son sexe en torchis et ses doigts de pied en éventail, semble avoir trouvé le repos. Il faut dire que dans cette orgie pastel, ces noces contre nature, les protagonistes ont quelque chose de gentiment dépareillé. La faute sans doute à ces opérations de sélection préalables citées plus haut, à la façon dont Sarah Tritz construit ses œuvres en convoquant des figures issues de milieux artistiques divers, – comme l’on pourrait le dire des classes sociales – le surréalisme, les arts primitifs, les arts déco, et même la BD bon marché. « C’est dans ces écarts de style que j’inclus la perception du regardeur, c’est par la gymnastique qu’impose cet écart que j’imagine le regardeur devenir actif », assume l’artiste. Et de fait, on circule amusé, l’œil élastique, d’un personnage à l’autre. De la même façon que l’artiste procède par litote et démembre certaines de ses sculptures pour ne garder, ici, qu’une paire de jambe, ailleurs, un bras articulé, dans un souci d’efficacité et de simplicité, il faut accepter de faire connaissance en tête à tête avec tel ou tel détail pour choisir, ensuite, d’embrasser l’ensemble de l’exposition.

Exclusivement réalisées en 2015, à l’exception du grand collage aux couleurs primaires présenté dans la première salle, les pièces de Sarah Tritz, tirées à quatre épingles ou un brin hasardeuses quand elles s’en remettent aux trouvailles techniques des artisans à qui l’artiste se plait à déléguer une partie du travail afin de prolonger ses efforts de distorsion, ont cette faculté d’être à la fois parfaitement autonomes et extrêmement sociables. Et ce, malgré leurs différences.

Claire Moulène, novembre 2015

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Fondation d’entreprise Ricard
12, rue Boissy d’Anglas
75008 – Paris, France
Tel. : 01 53 30 88 00
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