Dimitri Tsykalov – SKIN / Galerie Rabouan Moussion (FR)

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Dimitri Tsykalov
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SKIN
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5 décembre – 9 janvier
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Vernissage 
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05.12.15 
à partir de 16 heures
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« Que meure avec moi le mystère qui est écrit sur la peau des tigres. » Jorge Luis Borges, L’Écriture du dieu, in L’Aleph.

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Au fil des années, j’ai connu l’atelier de Dimitri Tsykalov dans différents états. Et l’artiste lui-même dans différents états d’obsession dont je saisis aujourd’hui que, sous leurs formes multiples, ils esquissaient une seule et unique préoccupation. La dernière fois que je lui ai rendu visite, son lieu de travail avait pris l’apparence d’un stock d’armes, d’un empilement de boîtes de munitions montant jusqu’au plafond. Et je lui faisais la remarque que dans les guerres modernes, où le métal prédomine, le bois demeurait réservé aux caisses d’obus et aux cercueils. Tant de récits reviennent à la mémoire, de soldats débarquant dans des villages du front, leur phalange effrayée défilant entre des monticules de boîtes de munitions et d’autres de bières fraîchement clouées. Il y en a toujours un parmi eux, davantage fanfaron ou plus superstitieux que ses frères d’armes, pour apostropher le croque-mort : « Tu me réserves la plus belle ! ».

À partir de ces boîtes, en provenance du monde entier — Allemagne, France, Angleterre, Russie, Etats-Unis, Chine, etc. —, de toutes les couleurs, où les calibres, les composés de TNT, la chimie des explosifs s’écrivent dans tous les alphabets, Dimitri Tsykalov, les découpant, les ajustant, confectionnent d’impressionnants trophées de chasse. Cela s’appelle Skin. Des ours, des lions, des panthères, des tigres… Un zèbre aussi, mais essentiellement des prédateurs carnassiers. Parce que ce qui, à l’évidence, obsède Dimitri Tsykalov — et cela s’impose depuis sa fameuse série photographique Meat, où l’on voyait des hommes et des femmes harnachés, équipés d’uniformes et d’armes réalisés à partir de morceaux de viandes rouges —, c’est le champ du carnage. Et par carnage, il faut entendre précisément ce que le terme dit d’un temps — que ce soit celui de la guerre ou de la chasse —, où l’homme, entre deux carêmes, s’autorise à abattre de la chair, pour s’en repaître ou simplement s’en réjouir. C’est cette obsession qui rend les sculptures particulièrement inquiétantes, parce qu’elles pourraient se contenter d’être des hommages aux sculptures collages de Schwitters, à des formes connues et répertoriées d’une marqueterie dadaïste de type Merzbau. Or, l’on se rend vite compte que leur statut même d’œuvre d’art fonctionne comme un leurre. Les motifs de leur pelage fonctionnant certes comme la restitution réaliste de la dépouille d’un animal véritable, mais également comme un camouflage de l’objet d’art en tant que tel.

Jean-Yves Jouannais, L’écriture du Tigre

 

 

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Nouvelle adresse
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Galerie Rabouan Moussion
11 Pastourelle,
75003 PARIS
+33 (0) 1 83 56 78 21
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