Benjamin Dufour – Plane Spotters / EPONYME GALERIE (FR)

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Soviet plane spotters (détail), image d’archive de 1917
(auteur inconnu), tirage numérique contrecollé sur dibond,
60 x 40 cm, 2015 – Eponyme Galerie
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Benjamin Dufour 
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 Plane Spotters

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Du 26 Novembre 2015
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au 13 Février 2016
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Vernissage public le 26 Novembre à partir de 18h
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Dans Plaidoyer pour les dépenses militaires, Michel Thévoz affirme, à propos de l’armement de guerre : « Du point de vue formel, n’est-ce pas l’un des rares artefacts dont le dessin ou le design procède exhaustivement et exclusivement de la fonction […], sans supplément décoratif, sans cette espèce de mauvaise graisse sémantique que génère immanquablement le scrupule esthétique ? […] On pourrait parler mieux que jamais d’une esthétique de la disparition, aux antipodes du style looké et m’as-tu-vu qui domine partout ailleurs. Même le Minimal Art, confronté à un Mirage ou une torpille sous-marine, paraîtra emphatique. » (1)

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D’emblée, cette critique radicale (où la plastique de l’objet semble se confondre avec son essence même) neutralise toute irruption du vintage ou du kitsch, principes trop contemporains d’amusement et / ou d’écœurement. L’appréhension formelle des pièces proposées par Benjamin Dufour, maquettes ou photographies d’objets préexistants, cède rapidement le pas à la curiosité de leur fonction initiale : le choix de représenter ces anachronismes technologiques suscite quasi-instantanément la question de leur utilité.* Ici rien ne correspond à notre idée, plus ou moins éclairée, du processus de façonnage industriel. Le temps de guerre pratique l’accouchement aux forceps de matériels boursouflés, incongruités dignes d’un concours Lépine. Tout s’accélère. Des prototypes – à l’efficacité incertaine mais d’une potentialité muséale indéniable – sont dans l’urgence produits en série, jetés dans la bataille, avec la conviction des futurs temps de gloire, ou la lucidité désespérée d’une humiliation prochaine.

Les acoustics mirrors, monumentales obsolescences de la défense passive britannique, condamnés par l’arrivée du radar, confrontent la sensualité d’une parabole parfaite à la rugosité d’un béton aux arêtes tranchantes. Une séduction tel l’effet secondaire d’une finalité qui n’avait rien d’esthétique.* Si la silhouette des wartubas japonais nous est plus familière, leur échelle grotesque nous terrorise – section cuivres d’une guerre psychologique dantesque. Mais il n’en est rien : tel un orchestre inversé, ils sont là aussi de simples récepteurs attendant la signature sonore de bombardiers ennemis. Eussent-ils sauvé un mètre carré de l’archipel bientôt balayé d’orages d’acier, leur archaïsme peut désormais alimenter bon nombre de fantasmes.

Cornets acoustiques militarisés, excroissances bouffonnes, les plane spotters auraient-ils pu transformer le quidam moyen en pionnier de l’écoute futuriste du monde, à même de saisir, selon Francesco Pratella, […] l’âme musicale des foules, des grands chantiers industriels, des trains, des transatlantiques, des cuirassés, des automobiles et des aéroplanes ? (2) La modernité a consacré l’omnipotence d’une technique devenue sujet impérieux, monstre froid débarrassé de toute utopie d’avant-garde, de tout malentendu suranné. La bataille technologique a succédé aux « vraies » guerres.

De la guerre aux arcanes du pouvoir en temps de paix, le film Few times, few places, réalisé en collaboration avec Régis Feugère, invite à une déambulation millimétrée au sein d’institutions éuropéennes (Banque européenne d’investissement, Cour de justice de l’Union européenne) et luxembourgeoises (Chambre des députés, ministères, institutions privées). Une succession de cadrages tirés au cordeau, comme pour emprunter au film L’Année dernière à Marienbad d’Alain Resnais : « Toujours des murs, toujours des couloirs, toujours des portes, et de l’autre côté encore d’autres murs. Avant d’arriver jusqu’à vous, avant de vous rejoindre, vous ne savez pas tout ce qu’il a fallu traverser. » (3) Sauf qu’ici, c’est au spectateur de reconquérir cet espace, de traverser ce paradoxe qui, s’il incarne un pouvoir qui se déploie dans tout son spectaculaire, soustrait une majeure partie de son fonctionnement réel et de ses acteurs aux regards profanes. Cynisme endogène ou contingence de la démocratie représentative, nous subissons l’épreuve d’un feu tout particulier.

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Benjamin Dufour est né en 1984 à Metz. Il vit et travaille à Nancy et Bruxelles. Après une formation musicale (de 1987 à 2002) au cours de laquelle il apprend la flûte à bec, le saxophone et la composition, il intègre l’École Supérieure de l’Image d’Angoulême (de 2002 à 2007). Son travail est nourrit de recherches musicales et sonores autant que de constructions plastiques ou architecturales. Son œuvre intègre les collections du Centre National des Arts Plastiques et du Jardin Botanique de Nancy. Depuis plusieurs années, Benjamin Dufour multiplie les collaborations les plus variées décloisonnant d’autant plus les formes d’expression.

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1. Michel Thévoz, Plaidoyer pour les dépenses militaires, chapitre 9 du Plaidoyer pour l’infamie, Presses universitaires de France.
2. Francesco Balilla Pratella, Manifeste des musiciens futuristes, éd. Lenka Lente.
3. Alain Resnais, L’Année dernière à Marienbad, sur un scénario d’Alain Robbe-Grillet.

 

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EPONYME GALERIE

3 rue Cornac (Chartrons)

33000 Bordeaux – France

TELEPHONE

+33 (0)5 35 40 07 95

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http://www.eponymegalerie.com/

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HORAIRES

Mercredi – Samedi 14h-19h

Également sur rendez-vous

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