Art: la censure vandale Par Sonya Faure / Libération

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Image : You tube / Anish Kapoor’s ‘Dirty Corner’ Sculpture Is Shocking Versailles

 

 

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Art: la censure vandale 

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Par Sonya Faure – 6 novembre 2015

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De «Piss Christ» d’Andres Serrano à «Dirty Corner» d’Anish Kapoor, les atteintes aux œuvres sont en hausse. Les créateurs revendiquent leur liberté de provoquer.

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Y a-t-il en France un microclimat favorable au vandalisme des œuvres d’art ? On ne compte même plus le nombre de fois où Dirty Corner, l’œuvre d’Anish Kapoor exposée dans les jardins du château de Versailles, a été taguée d’insultes antisémites. Quelques mois plus tôt, c’était l’œuvre Tree de Paul McCarthy qui avait été dégonflée place Vendôme. Encore avant, il y avait eu le tableau de Cy Twombly embrassé par une fan à rouge à lèvres, ou le Piss Christ d’Andres Serrano, attaqué au pic à glace par des catholiques intégristes.

«En matière de vandalisme d’œuvres d’art, il y a une spécificité française, liée à la virulence de l’extrême droite catholique de notre pays», estime l’avocate Agnès Tricoire, qui a défendu nombre d’artistes. Ce qui ne devrait pas aller en s’arrangeant.

Les sources policières confirment la hausse des menaces depuis les démonstrations de force de la Manif pour tous ou des identitaires d’extrême-droite : «Les groupes royalistes, identitaires ou ultracatholiques se sont réveillés en 2013 dans la queue de comète du Printemps français [mouvement d’extrême-droite mêlant catholiques traditionnalistes et identitaires, ndlr]. Les harcèlements téléphoniques, menaces de mort se multiplient. L’islamisme radical fait également planer une chape de plomb sur les expositions de caricatures», avertissait un gradé du renseignement intérieur, en septembre, dans Libération (17 septembre 2015).

Mais il y a plus grave encore, peut-être, que la spectaculaire violence des passages à l’acte d’énervés malgré tout minoritaires. Les acteurs du monde de l’art témoignent aujourd’hui de la difficulté de travailler et d’exposer sereinement face à un tel climat d’intolérance.

Le risque, c’est de voir apparaître ce qu’Agnès Tricoire appelle une «censure préventive». «On est monté en degrés dans la violence, confiait ainsi Catherine Pégard, la directrice du domaine du château de Versailles, après l’affaire Kapoor. Cela dit quelque chose d’une volonté de faire plier l’autre à son propre raisonnement, une volonté que l’on se censure soi-même, et qu’on censure les œuvres.»

C’est déjà parfois le cas – et il ne s’agit plus là de faire face à la seule violence des intégristes catholiques. A Clichy-la-Garenne, en janvier, une œuvre de l’artiste Zoulikha Bouabdellah a été retirée de l’exposition «Femina». Dans l’installation de l’artiste franco-algérienne, des escarpins étaient posés sur des tapis de prière. La Fédération des associations musulmanes de Clichy avait alerté «d’éventuels incidents irresponsables». L’artiste et la commissaire d’exposition, regrettant l’absence de soutien de la mairie socialiste, avaient d’abord préféré retirer l’œuvre, afin d’«éviter toute polémique et récupération». «Au risque que nous passions consciemment ou inconsciemment de l’autocensure à l’empêchement, de l’empêchement à l’inhibition que produisent la menace et la peur», regrettait l’artiste Orlan sur Facebook, exposée dans la même manifestation.  

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