Blanchiment: la part d’ombre du marché de l’art par Martine Robert – Les Echos

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Blanchiment :

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la part d’ombre du marché de l’art

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Martine Robert – Les Echos

Les spécialistes sont de plus en plus nombreux à penser que l’envolée spectaculaire des prix des oeuvres d’art est en partie alimentée par le recyclage d’argent sale. Pour les professionnels, il n’est pas toujours simple de repérer les pratiques douteuses, favorisées par l’opacité du milieu et l’anonymat des enchères.

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Le quotidien « USA Today » a posé la question qui fâche en novembre dernier, juste après les vertigineuses ventes d’automne sur le marché de l’art new-yorkais : « L’art est-il devenu une entreprise criminelle ? » En tout cas, « personne n’est aujourd’hui capable de donner une explication pertinente sur cette création de valeur astronomique… », constatait-il alors, relayant une hypothèse de plus en plus souvent formulée face à la flambée délirante du prix des oeuvres d’art. Certes, les grandes fortunes se sont multipliées sur la planète, et l’art est devenu un signe d’appartenance à ce cercle fermé. Mais cela suffit-il à justifier de telles envolées ? La fiscaliste Virginie Heem et l’expert David G. Hotte ont leur petite idée sur la question : « Le commerce des oeuvres d’art est l’un des moins contrôlables qui soit. L’identification des objets est particulièrement délicate; la valeur d’un objet est souvent subjective, donc difficile à déterminer. Les sommes en jeu sont considérables. Les opérations de blanchiment et de fraudes fiscales sont courantes et peuvent avoir pour conséquence une hausse soudaine et parfois inexpliquée des prix du marché », analysent-ils dans leur ouvrage « La Lutte contre le blanchiment de capitaux ».

Peu réglementé, liquide, discret, avec ses ports francs à l’abri des regards et des taxes, le marché de l’art a de quoi séduire les fraudeurs de tous calibres. Selon l’Association for Research into Crimes against Art, il rapporterait 6 milliards de dollars environ par an au syndicat du crime. Des transactions de plusieurs millions de dollars peuvent avoir lieu en secret, entre des partenaires parfois anonymes, voire virtuels, via Internet. Le 30 avril, le juge new-yorkais Jesse Furman infligeait une amende de 6,4 millions de dollars au marchand d’art Helly Nahmad, et l’expédiait en prison pour un an. Nul doute que Jesse Furman ait voulu faire un exemple. Helly Nahmad appartient à l’une des familles les plus puissantes du milieu de l’art, à la tête d’une collection évaluée à 4.500 oeuvres et 3 milliards de dollars, largement conservée dans le port franc de Genève. Accusé de paris clandestins illicites et de blanchiment, en lien avec le crime organisé, pour une centaine de millions de dollars, il a admis avoir accepté des paris « entre amis » : un membre de la mafia russe, des sportifs, des stars de cinéma, des banquiers de Wall Street… Quelques heures après sa plaidoirie, il assistait à une vente aux enchères chez Christie’s : de quoi agacer le juge, lequel a dû aussi apprécier qu’une douzaine de collectionneurs et de galeristes de renom volent au secours de l’accusé d’une manière parfois surréaliste, tel Marc Glimcher, président de la Pace Gallery, écrivant à la cour : « C’est la personne la plus honnête et la plus digne de confiance avec laquelle j’ai eu le privilège de travailler. »

En mai 2013, une malle en provenance de Londres, censée contenir un tableau de 100 dollars mais cachant en réalité un Basquiat, « Hannibal », évalué 8 millions de dollars, était interceptée à l’aéroport international Kennedy, dans le cadre de l’affaire Edemar Cid Ferreira, un ancien banquier brésilien ayant blanchi des milliards de dollars en achetant une collection de 12.000 oeuvres. « Hannibal » a rejoint l’entrepôt où les autorités fédérales avaient déjà stocké des Matisse, Warhol, Rothko, Hirst…, acquis par l’avocat radié du barreau Marc Dreier pour recycler une partie des 700 millions de dollars détournés aux dépens d’investisseurs.

Pour nettoyer l’argent sale, plusieurs techniques. Il y a la fausse facture, bien sûr. Le « New York Times » rapporte une conversation téléphonique durant laquelle Helly Nahmad, alors sous enquête du FBI, suggère à une cliente de virer 150.000 dollars sur le compte de son père, également marchand. « Quelquefois, une banque a besoin d’un justificatif pour un virement. Nous pouvons dire que vous avez acheté une peinture… » Il y a aussi la fausse enchère. Un trafiquant met sous le marteau une oeuvre et remet à ses comparses une somme d’argent suffisante pour emporter les enchères. La vente terminée, le trafiquant reçoit un chèque propre au nom de Christie’s, Sotheby’s, etc. Son complice lui restitue le tableau et perçoit sa commission – une pratique utilisée dans les affaires de corruption. « Pour remporter le contrat d’un gazoduc, j’ai besoin du soutien d’un élu. Combien veut-il ? Un million ? C’est délicat ces dessous-de-table. Alors je lui donne un tableau – vrai ou faux, peu importe – qu’il met aux enchères, et des complices vont surenchérir jusqu’à cette somme. Et lui touche un chèque de la maison de vente », explique un professionnel.

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