Nicole Esterolle : « La boursouflure de l’art dit contemporain est d’origine psycho-patho-sociologique » Par Domenico Joze / Le Comptoir

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Un gif inspiré du jeu Pong remontant à la préhistoire
des jeux vidéo et de l’univers plastique de Piet Mondrian
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Nicole Esterolle :

« La boursouflure de l’art dit contemporain

est d’origine psycho-patho-sociologique »

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Par Domenico Joze / Le Comptoir 

Après plusieurs années de chroniques féroces témoignant d’une saine pédagogie de l’humour orienté contre l’art contemporain, sa coterie, ses codes et ses inepties, Nicole Esterolle faisait paraitre à la fin du printemps l’essai La Bouffonnerie de l’art contemporain. Nous l’avons donc interrogée, pour compléter ou synthétiser le propos de ce très recommandable essai qui, qu’on en accepte le propos ou qu’on le trouve excessif, a le mérite d’engager au débat sur l’art d’aujourd’hui. Un art qui, en particulier en France, semble ressembler à une institutionnalisation des positions et attitudes qui furent autrefois les audaces des avant-gardes et n’apparaissent aujourd’hui que comme un académisme stérilisant.

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Nicole Esterolle est l’un des pseudos les plus connus du monde de l’art, pour le très virulent blog Le Schtroumpf Émergent où l’auteure étrille, depuis quelques années déjà, l’art contemporain. Elle le dénonce aussi bien sur le plan des anomalies systémiques – opacité des choix d’artistes et du budget mobilisant l’argent public, collusion des intérêts publics et privés, liens des institutions publiques avec le grand capital – que sur le plan strictement esthétique – valeur des œuvres, soubassements théoriques de l’art contemporain. Clairement situé à gauche, son propos va tout-à-fait à rebours de l’idée reçue selon laquelle les détracteurs de l’art contemporain seraient forcément des réactionnaires, des conservateurs ou des fâcheux fâchauds bons nicole-esterolle-livrepour l’échafaud. Le blog, dont la niouzeletteure est adressée à quelque 30 000 destinataires – dont l’essentiel du milieu de l’art et du monde journalistique impliqué dans l’art –, œuvre à décomplexer et à nourrir d’arguments politiques, éthiques, civiques, esthétiques, un rejet que beaucoup ressentent d’instinct à l’endroit de ce que les institutions officielles et galeries les mieux arrimées au grand capital nous présentent comme étant l’art de notre temps.

Courant mai, paraissait La Bouffonnerie de l’art contemporain, recueil de textes – dont le seul reproche qu’on puisse leur adresser est d’avoir été assez mal corrigés par la maison d’édition– issus du blog, c’est-à-dire une compilation d’articles formant un essai hautement recommandable sans raideur académique et avec un humour mi-anar mi-rabelaisien. Ainsi, comme François Rabelais moquant les théologiens en Sorbonne qui ergotaient sur des concepts abstraits jusqu’à l’inepte, c’est aussi par le rire que Nicole Esterolle s’en prend aux “théologiens” de l’art contemporain. Dans cet “art néolibéral”, elle dénonce notamment l’étonnante alliance entre une gauche culturelle bien ancrée dans les institutions étatiques de promotion de l’art, et ses liens avec les “puissances d’argent et de pouvoir”. Une critique qui rejoint beaucoup, appliquée au champ de l’art et amplement étayée, le propos de Jean-Claude Michéa lorsqu’il dénonce l’unité du libéralisme où communient la gauche culturelle et la droite capitaliste. Saisissant l’occasion de la sortie de l’essai, nous avons posé quelques questions à Nicole Esterolle.

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Dénoncer l’art contemporain : pourquoi ?

Le Comptoir : Afin d’éviter tout malentendu, commençons par un éclairage. Vous avez exprimé votre intérêt pour de nombreux artistes présents, dont les noms sont cités çà et là dans votre livre et vos chroniques. Quand vous parlez d’art contemporain, de quoi parlez-vous au juste ?

Nicole Esterolle : Il y a des centaines d’artistes d’aujourd’hui – donc contemporains – que je connais, dont j’aime le travail et que je défends sous ma vraie identité. Il m’est arrivé en effet d’en citer quelques-uns dans mes chroniques de Nicole. Ces artistes-là sont ceux de l’intériorité sensible, de la mise en forme, du savoir-peindre et/ou dessiner, du plaisir de l’inattendu, du mystère : tous les ingrédients qui constituent pour moi la vraie substance artistique.

Et puis il y a l’aberration historique des dits “contemporains”, c’est-à-dire ceux qui se sont attribués abusivement ce qualificatif ; ceux pour qui « les attitudes sont bêtement devenues formes »[i] ; ceux de la posture, de l’extériorité spectaculaire ; ceux de la subversion et du non-sens convenus et subventionnés ; ceux de la « processualité discursive »[ii] ; ceux de la rhétorique de plus en plus délirante ; ceux dont l’énormité du discours pallie le vide intérieur, mais surtout génère de la médiatisation, du buzz, de la visibilité et du pognon au bout de l’embrouille.

Je me fais volontiers l’avocat du Diable, reprenant un propos qui est facilement énoncé : « Si ça ne vous plaît pas, vous n’avez qu’à pas vous en mêler ! Personne ne vous force ! » Si vous ne l’appréciez pas, pourquoi vous opposez-vous alors à l’art contemporain ?

Difficile d’ignorer l’occupant. Impossible d’accepter cette métastase imbécile et envahissante qui tue l’art et les artistes et occulte la vraie création actuelle. Cette boursouflure de l’art dit contemporain est d’origine psycho-patho-sociologique et est systémique. Le Diable est d’origine mécanique… et, en l’occurrence, d’une mécanique d’ordre bureaucratique et financier où fonctionnaires, professeurs, critiques d’art et spéculateurs jouent à être plus stupides les uns que les autres pour mieux servir les appareils de pouvoir et d’argent dont ils sont les rouages. Il faut flinguer la crétinerie qui met l’art en danger, mais aussi l’humanité.

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Suite de l’article (ici)

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http://comptoir.org/
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La première édition de mai 2015 de mon livre est épuisée. Une réédition est en cours et sera disponible le 15 octobre. Vous pouvez le commander ici : http://www.nicole-esterolle.com/commande-livre.htm

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Biographie de Nicole Esterolle

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Nicole Esterolle. Artiste, critique d’art, galeriste ? peu de gens connaissent l’identité réelle de la personne connue ou non, qui se cache sous ce pseudonyme… mais ses chroniques irrévérencieuses font fureur sur le web depuis trois ans.

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Schtroumpf Emergent

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LOGO . LE VADROUILLEUR URBAIN no 3
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