Annie-Paule Thorel / Galerie Djeziri-Bonn – Linard Editions (FR)

 annie
.
.
.
.
.
.
Annie-Paule Thorel
.
.
Exposition au rez-de-chaussée
 .
.
.
.
.
Du 18 septembre au 31 octobre
.
.
.
.
.
.
 Vernissage
.
17.09.15
.
.
.
.
.
.
.

La peinture a ceci de fascinant qu’elle traverse les siècles sans jamais cesser de se renouveler, tout en interrogeant de la manière la plus constante son existence même. Si l’occident a associé depuis plusieurs siècles jusqu’à une période récente, et en particulier l’ensemble du mouvement moderne de Courbet à Picasso et aux plus abstraits des peintres, la peinture à l’art, c’est que la peinture s’interroge par elle-même sur son existence même, son être, en tant qu’art. D’une certaine manière, nous pourrions affirmer que la peinture, constituée d’un ensemble d’objets faisant pensée, est une ontologie, ou qu’elle est ontologique à l’art.

 

Toute peinture est une tentative de formuler sa propre existence tout en se donnant à voir. Mais comme l’être, elle joue d’une ambivalence entre ce qu’elle est et ce qu’elle donne à voir. Ce qu’elle est répond du processus de création, du protocole plus ou moins défini par l’artiste pour atteindre une certaine finitude de l’œuvre. Ce qu’elle donne à voir est une surface plus ou moins plane, plus ou moins colorée, avec plus ou moins de motifs, de représentations du monde, etc., et cet ensemble est engagé dans une relation avec le regardeur sans aucune finitude possible.

La peinture d’Annie Paule Thorel répond très justement à cette ontologie de l’action. Sans entrer dans une classification trop détaillée de ses œuvres, elles s’offrent à nous par des ensembles formellement différents : certaines sont constituées de bandes horizontales rectilignes ou avec une ondulation, d’autres sont des ensembles de disques, d’autres encore sont constituées de formes allant vers le disque mais sans jamais l’atteindre, tandis que certaines autres penchent du côté du losange, sans jamais y parvenir non plus. Cette description, même sommaire, donne un aperçu de ce que nous voyons. Mais cette description est insuffisante.

En un autre temps, les critiques parlaient volontiers pour décrire la peinture – parfois de manière caricaturale -, de vibration à sa surface. Était-ce probablement la réalité pour une part de la production picturale, et une attribution de convenance pour une autre part. Chez Annie Paule Thorel, cette vibration est l’un des enjeux majeurs de sa peinture. Cette vibration est de l’ordre du son, si ce n’est de la musique. Les ondes traversent les tableaux de part en part, avec des intensités différentes selon l’épaisseur du trait, de l’application du pinceau ; les bulles de notes montent et descendent au grès des couleurs sur des fonds unis comme une nappe musicale ; les losanges de la Chapelle Saint-Nicodème de Guènin composent une fugue dont le tempo varie selon le mur.

Voilà ce que voit le regardeur, l’expérience qu’il fait de son travail. Volontairement, Annie Paule Thorel l’inscrit dans la tradition de la peinture américaine, du Colorfield au minimalisme, sans nier l’héritage de Pierre Tal Coat. Pour elle, la peinture reste une expérience du peintre transmise au regardeur dont le tableau est la base. Il est remarquable de voir une artiste fidèle à ce support et à des formats petits et moyens. Ces choix révèlent un souci majeur, de continuer l’interrogation de l’art à partir d’une démarche pictural de l’action, de l’expérience, du sens. Si sa peinture s’enracine dans une tradition moderne du XXe siècle, elle cherche à être une pratique contemporaine hors des modes, à la fois philosophique, dans un certain sens, et musical dans un autre. L’artiste travaille à réunir ces trois champs dans la vision qu’elle nous donne de l’art.* Dans l’introspection de son œuvre, il est très important de savoir qu’Annie Paule Thorel travaille elle-même ses couleurs, qu’elle utilise le procédé de l’encaustique pour toutes ses toiles. C’est-à-dire que le processus même de l’œuvre s’amorce dans une tradition occidentale de la peinture, au service non pas d’une forme qui serait moderne ou contemporaine, mais d’une action et donc d’une expérience du monde transcrite par une musique composée de tonalités souvent vives, mais dont le tempo varie. Cette phase préparatoire n’est pas à dissocier du processus de création, mais au contraire faut-il la comprendre incluse au même titre que l’outil de l’artisan est aussi fait de sa main. Il serait facile de parler d’alchimie, mais dans le cas d’Annie Paule Thorel, il faudrait plutôt parler de logique sans en retirer la poésie qui en découle.

Il y a chez Annie Paule Thorel une véritable incarnation de la peinture, à la fois dans un processus qui procède de la matière, et dans une expérience de l’invisible musique des couleurs du monde dont elle fait l’expérience pour nous la donner. Par sa pratique et ce qu’il en résulte, elle nous offre une peinture qui perpétue une tradition réflexive ancrée dans l’histoire moderne mais impossible en dehors du contemporain. Cette contemporanéité est cette légèreté de la vibration des lignes, cette évanescence des bulles qui éclatent en couleur, cette évidence des pans de couleurs qui, loin de s’imposer aux murs blancs des lieux, semblent en advenir.

.

.

.

.

.

Galerie Djeziri-Bonn – Linard Editions
47 rue de Turenne – 75003 Paris
 Métro : Saint-Paul ou Chemin Vert
Bus : 96 – 29 – 20 – 69 – 65
Téléphone : +33(0)9 52 04 50 80
.
.
.
.
.
.
LOGO . LE VADROUILLEUR URBAIN no 3.