Art contemporain: Recherche artistes français, désespérément / Slate.fr

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Place Vendôme à Paris. Sculptures de l’artiste espagnol Jaume Plensa. REUTERS
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En restant en France et dans le système français, il est devenu presque impossible pour un artiste contemporain d’obtenir la reconnaissance et le succès. New York, Londres et Berlin ont marginalisé PAris.

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Par Anne de Coninck

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En dépit de quelques réussites individuelles, l’art contemporain français n’existe presque pas sur la scène internationale. C’est d’autant plus dommageable que la légitimité et la reconnaissance des artistes, dans un marché devenu planétaire, se gagnent hors des frontières.

Les rares succès n’en sont donc que plus formidables et inattendus, comme ceux presque simultanés de trois jeunes artistes françaises en quelques mois: Camille Henrot recevant le Lion d’Argent lors de la 55e Biennale de Venise en 2013, Laure Prouvost récompensée en décembre par le Turner Prize, à Londres, ou Pauline Curnier Jardin exposant au MIT List Visual Arts Center à Boston, le musée du prestigieux Massachusetts Institute of Technology. Mais toutes les trois ont gagné cette reconnaissance en s’expatriant: Laure Prouvost à Londres à la fin des années 90, Camille Henrot à New York depuis 2012 et Pauline Curnier Jardin à Berlin.

Ces succès sont inhabituels à plus d’un titre. Ils sont le fait de femmes, jeunes et françaises. Ils illustrent aussi le fait qu’en restant en France et dans les systèmes français, il est devenu presque impossible pour de jeunes artistes contemporains de réussir.

Au contraire de leurs homologues américains, anglais, allemands, suisses… ils semblent n’intéresser personne, peu de collectionneurs privés, peu de galeristes capable de les propulser sur la scène internationale, à l’exception toutefois de fondations récentes comme la Maison Rouge d’Antoine de Galbert (2003), la Fondation Ricard (2006) ou le Sam Art Project de Sandrine et Amaury Mulliez (2009), qui font de réels efforts.

Même l’Etat ne croit pas aux artistes français et complique les choses en imposant un double taux de TVA sur la vente de leurs œuvres. Un taux préférentiel est appliqué aux œuvres d’art d’un artiste étranger (5,5%) tandis que l’artiste français sera lui taxé à 10%. L’exception culturelle française… à l’envers.

La présence de plasticiens français dans les expositions temporaires est anecdotique, et quasi-inexistante dans les collections permanentes des grandes institutions culturelles internationales. Déjà en 2000, le chercheur Alain Quemin établissait un constat sévère sur l’état de l’art contemporain en France. Quatorze ans plus tard, on ne peut pas dire que la situation se soit améliorée.

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Des commandes publiques en circuit fermé

Alors, bien sûr, nous avons la FIAC, la foire d’art contemporain, qui se tient au début de l’automne à Paris depuis plus de 40 ans. Elle tente de se redynamiser, mais pourtant, tend surtout à confirmer les valeurs sûres et étrangères. Son salut viendra peut être de ses déclinaisons à l’étranger, à Los Angeles en 2015 ou, de manière plus hypothétique, à Saint-Pétersbourg.

Bien sûr aussi, Paris attire encore des galeries. Quand Larry Gagosian s’installe au Bourget ou Thaddaeus Ropac à Pantin, on s’extasie. On souligne aussi que d’autres font le choix de rester, comme l’américaine Marian Goodman, présente depuis 1995.

Mais ces méga-galeries ne sont pas là pour découvrir ou promouvoir de nouveaux talents français. Quant aux galeristes  parisiens, s’ils veulent continuer à exister, ils doivent se tourner vers l’étranger en s’installant, avec succès, à Shanghai (Madga Danysz), Hong Kong (Galerie Perrotin), Bruxelles (Daniel Templon) ou New York (Galerie Zürcher).

Quant au second marché, qui établit réellement la «valeur» marchande des œuvres, et qui passe par les maisons de vente, la place parisienne est largement désavantagée face à ses concurrentes par une fiscalité pénalisante et complexe, et son éclatement en pas moins de 74 maisons intervenant à Drouot. Résultat, selon Artprice, le marché parisien représentait l’an dernier 2,8% du marché mondial, très loin derrière les Etats-Unis et la Chine, quasi ex aequo à près de 33%, et le Royaume-Uni, à 21%. On comprend mieux que les vendeurs potentiels préfèrent être à New York et Londres.

La vraie exception française en matière d’art contemporain? Des institutions publiques comme le Fonds national d’art contemporain (FNAC) et les 23 Fonds régionaux d’art contemporain (FRAC), qui viennent de fêter leur trentième anniversaire. De vraies «machines» bureaucratiques au service de l’art.

La collection d’art contemporain appartenant à l’État comprend près de 96.000 œuvres achetées, dont la moitié produites par des artistes français, entreposées sur 4.500m2 dans le quartier de la Défense à Paris. Chaque année, entre 600 et 1000 œuvres sont acquises. Mais les commandes d’Etat parasitent la scène artistique en surreprésentant des artistes qui vivent presque exclusivement de la manne publique et les acquisitions sont faites dans la plus grande opacité.

Les artistes issus de ce système fermé sont totalement absents des catalogues de vente. Et les rares artistes français qui ont réussi à émerger au cours des dernières années l’ont fait hors de la sphère publique.

Cela se voit dans les classements. Selon Artprice, le premier français en termes de ventes en 2013, Robert Gombas, arrive en 81e position. Son record? 166.000 dollars pour une toile de 1985 vendue à Bruxelles. Pour mettre en perspective, le dernier grand artiste français «contemporain» à apparaître dans les ventes d’art est Yves Klein, décédé en 1962! Sa dernière toile vendue remonte à 2012 chez Christie’s à Londres, à un peu plus de 23 millions d’euros.

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Valeur marchande et nationalité

On peut le dénoncer ou le déplorer, mais le constat est sans appel. La valeur esthétique d’un artiste est plus que jamais liée à sa valeur financière. Plus un artiste vend d’œuvres, plus il sera reconnu.

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