BNMTL Biennale de Montréal – bilan, coups de coeur et critiques par Damien Fière (CA)

Canevas entête - Copie

John Zeppetelli, directeur du Musée d’art contemporain de Montréal
et Sylvie Fortin, directrice de la biennale BNMTL

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BNMTL

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Biennale de Montréal

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Par Damien Fière

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Le rideau est tombé sur la première Biennale de Montréal « nouvelle version » – prolongée au MACM jusqu’au 8 février. Coups de gueule et réserves en premier, compliments ensuite… Voici nos commentaires sur cette grand messe d’art contemporain!

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Sombre avenir

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« L’avenir – Looking Forward ». Si le titre anglais de la biennale n’est pas traduit littéralement du Français et renvoie à une polysémie différente, l’expérience ressentie par le spectateur-consommateur laisse peu de doutes sur le propos, quelle que soit la langue. Prévoir ce qui nous attend en faisant un état des lieux du présent? Aller de l’avant? Regarder avec un télescope – ou un microscope – ce que le futur nous offrira? Dans tous les cas les perspectives sont noires, très noires.

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Alexandre Taillefer, président du Musée d’art contemporain de Montréal, Gregory Burke et Peggy Gale, commissaires invités par La Biennale de Montréal, Mark Lanctôt, commissaire (MACM), Lesley Johnstone, commissaire (MACM) et Cédric Bisson, président du Conseil d’administration de La Biennale de Montréal. (Groupe CNW/Musée d’art contemporain de Montréal)

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Lors de la conférence de presse de lancement, Mark Lanctôt, commissaire pour le MACM, confiait très franchement que la démarche qui avait présidé à la programmation relevait d’un « anti-humanisme » assumé. Il convient, dit-il, de « faire le deuil de nos illusions ». On serait tenté de dire : objectif atteint, tant le gentil participant est invité à découvrir ou redécouvrir de grands artistes certes, mais en suivant un parcours du combattant fait d’angoisse, de menaces, de déceptions et de décrépitudes variées. Dépressifs, s’abstenir!

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Edgar Arceneaux, A Time to Break Silence, 2013

Dans la petite boutique des idées noires, le choix est vaste et ce qui n’est pas en vitrine est à l’intérieur. Ainsi, dans la série « rêves brisés », on relèvera les belles créations d’Edgar Arceneaux autour de la figure de Martin Luther King (A Time to Break Silence, 2013, et A Nobel Prize and a Bible, 2014). Dans la première, MLK prononce à l’intérieur d’une église abandonnée et dévastée de Detroit, dans une ambiance post-apocalyptique. Dans l’église vide, un singe-humain qui rappelle les premiers hominidés de 2001, Odyssée de l’espace, déambule au hasard, gratte le sol, essaye de détruire un mur, s’intéresse à un tas de gravats. Mort du discours, mort de la civilisation, mort des grandes espérances et utopies démocratiques.

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Ursula Biemann, Deep Weather, 2013

Dans la collection « Tout est pollué, le climat se réchauffe et le niveau des eaux monte inexorablement », ça se bouscule à l’entrée et la liste est longue (sans présumer aucunement de l’excellence des artistes qui ont choisi l’environnement comme lieu d’ultime combat, évidemment). Ainsi, dans Deep Weather (2014), Ursula Biemann nous donne à voir le travail, magnifique et dérisoire, d’une chaîne humaine construisant une digue au Bangladesh pour contenir la montée de l’océan. Puis, dans le nord de l’Alberta, l’étrange beauté des paysages sauvages détruits par l’exploitation, systématique, massive et infernale, des sables bitumineux. Ce spectacle truly canadian, dantesque et larger than life, offert actuellement par les pétrolières albertaines, a d’ailleurs également inspiré Susan Turcot dans Hide and Seek (2013) et Automobility (2014) .

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Susan Turcot, Automobility, 2014

Dans la catégorie « On nous manipule et on nous ment » ensuite, l’installation massive de Simon Denny, All you Need is Data : the DLD Conference Redux Rerun, est un temps fort de la biennale, particulièrement convaincant – même si l’artiste se défend de prendre un quelconque parti. Il y en a d’autres – et nous y reviendrons dans notre prochain article.

Enfin, au rayon violence pure, viol et autres bagatelles, on peut citer Andrea Bowers (Courtroom Drawing, Steubenville rape case), qui s’attache à la mise en scène de la documentation d’un cas de viol, ainsi bien sûr que la vidéo atroce de Thomas Hirschhorn (Touching Reality, 2012) présentant un enchaînement d’images censurées par la presse, visages défigurés, corps écrasés, brûlés ou démembrés etc. Voir en face les horreurs vécues aujourd’hui par des personnes et des peuples entiers – et toucher du doigt une réalité que les médias ne veulent nous décrire qu’à travers un filtre abstrait et storifié.

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Thomas Hirschhorn, Touching Reality, 2012

À cette aune-là, certaines projets narratifs plus complexes apparaissent comme presque légers. Des approches méditatives – contemplatives – ironiques, telles que celles d’Oleg Tcherny, Richard Ibgy et Marilou Lemmens ou Emmanuelle Léonard constituent de véritables bouffées d’oxygène.

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Installation de Richard Ibghy et Marilou Lemmens, Les prophètes said, 2014

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Citation à méditer : « Il y a assez de choses embêtantes dans la vie pour que je n’en fabrique pas davantage » (Auguste Renoir).

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Bien sûr, comme le soulignait John Zeppetelli directeur du MACM, « la biennale, c’est un propos politique mais c’est aussi une recherche formelle ». D’autre part, nous serons les premiers à convenir que la grande noirceur du propos dans les arts actuels n’est pas une spécificité du Canada, du Québec ou de Montréal. Dire que les arts, visuels en particulier, sont un miroir de leur temps, est un lieu commun conceptuel. Mais justement, tout n’est pas noir, loin de là! Et tout est une question de dosage, en particulier dans une biennale. On aurait apprécié que tout le propos futuriste ne soit pas centré uniquement sur des prophéties de malheur, des self-fulfilling prophecies un peu trop faciles ou un déconstructivisme d’école un peu trop lassant. Par leur systématisme, ces démarches réduisent d’ailleurs la portée de leur propos à un parti-pris finalement peu dérangeant pour la société, car « ce qui est excessif est insignifiant ».

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Autrement courageux nous semblerait, aujourd’hui, un art politique qui inviterait à réfléchir aussi, sur « comment encore aimer » ou « reconstruire », « guérir » et même, pourquoi pas, « où en est le progrès? » et « comment devenir meilleur ?». Les volontaires intéressés peuvent toujours nous écrire, poste restante.

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Tasse-toi, la peinture!

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Dans un autre ordre d’idées, lors du lancement de BNMTL, Regarde Montréal a posé aux commissaires la question du choix des mediums. Des écrans omniprésents, des photos et quelques incursions graphiques dans des installations, une bonne dose de conceptuel mais… très peu de peintures, pour dire le moins. Ringarde, la peinture? Réponses embarrassées. Contre-exemples cités par Gregory Burke, commissaire invité. Il en a cité deux… En réalité, c’est une évidence, cette Biennale, tant au MACM que dans la ville, a donné la part du lion aux écrans et aux concepts. Pour faire moderne, peut-être?

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Qu’est-ce qu’il y a ce soir à la télé?
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La peinture peut aller se rhabiller en tout cas, on la rappellera pour une quelconque rétrospective touchant au 20e siècle. Cela peut tout à fait se concevoir, encore faut-il l’assumer. Il est loin, le temps où Nam Jun Paik bataillait pour faire reconnaître la vidéo comme un médium intégralement artistique, après les précurseurs expérimentaux du 8mm. Dans une ère de multiplication forcenée des messages sur écrans, ces derniers ont gagné, pour l’instant – en tout cas, dans l’esprit de cette biennale.

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La prédominance des oeuvres en séquences « filmées » pose en même temps la question, beaucoup plus terre-à-terre, de l’expérience du spectateur. On touche là à la difficulté, réelle, de multiplier une offre dans un parcours nécessairement limité dans le temps. Quel est le nombre des visiteurs qui obligés de butiner d’oeuvre en oeuvre faute de temps, sans pouvoir s’attarder sur chacune d’entre? A-t-on additionné le temps de visionnement requis pour vraiment y « plonger »? Pas sûr…

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Ceci n’est pas une circulaire de Publisac

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Dernier commentaire, cette fois sur la signature visuelle retenue pour cette biennale et la qualité des supports imprimés, à commencer par le catalogue. Le design minimaliste des yeux ronds sur fond mauve (ou vert céladon, ça dépend des fois), quoique bien pâlichon, pouvait à la rigueur se défendre s’il avait été servi par une édition et un catalogue d’une qualité impeccable. Au lieu de cela on a eu droit, hélas, à un petit pamphlet approximatif rédigé et imprimé à la va-vite, dans une mise en page et sur un papier ultra-cheap. Quel dommage! L’écrit et l’imprimé ne doivent pas être la cinquième roue du carrosse lorsqu’on conçoit un événement majeur. Avec le temps, les catalogues deviennent des références très importantes non seulement pour les artistes mais aussi pour les amateurs, critiques, journalistes et spécialistes du monde entier. Établir la réputation d’une biennale est un voyage au long cours. Il faut espérer – et réclamer – beaucoup mieux la prochaine fois!

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Voilà… Comme la biennale n’a été couverte, par l’essentiel des médias locaux, que par quelques articles neutres, jovialistes, publi-informationnels ou centrés uniquement sur tel ou tel artiste, nous préférons apporter notre pierre à l’édifice en formulant une critique générale et argumentée de l’événement. Paix aux commissaires, directeurs, personnalités importantes, organisateurs, bénévoles et pionniers de cette nouvelle aventure qui ont par ailleurs déployé tout leur talent, avec une énergie remarquable. Une première est une première et il faut savoir en tirer les leçons.

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Après cette critique, sombre, qui aime bien châtie bien : cette biennale était un événement majeur pour la vie des arts visuels à Montréal. Elle nous a réjouis sur bien des aspects aussi. Lesquels? À bientôt pour notre palmarès des coups de coeur artistes de cette biennale!

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 Damien Fière
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Musée d’art contemporain de Montréal
185, rue Sainte-Catherine Ouest
Montréal , QC
H2X 3X5
MÉtro Place-des-Arts
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LOGO .  LE VADROUILLEUR URBAIN no 3.
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