Yves Michaud : “La véritable audace, dans l’art aujourd’hui, c’est de passer à d’autres formes” / Erwan Desplanques et Jacques Morice/Télérama.fr

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Photo: Jerôme Bonnet/Télérama
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Entre ce qui a déjà été fait et ce qui est interdit, les artistes n’osent plus grand-chose, estime Yves Michaud, penseur singulier passé de la philosophie à l’art. Désormais, dit-il, les plus audacieux sont ceux qui croisent les disciplines.

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par Erwan Desplanques

et Jacques Morice/Télérama.fr

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Entre ce qui a déjà été fait et ce qui est interdit, les artistes n’osent plus grand-chose, estime Yves Michaud, penseur singulier passé de la philosophie à l’art. Désormais, dit-il, les plus audacieux sont ceux qui croisent les disciplines.

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Voilà un penseur iconoclaste et offensif, qui ne craint pas de secouer tous les landerneaux. En 2003, dans L’Art à l’état gazeux, il enterrait la notion d’œuvre d’art mais voyait de la beauté partout, dans la rue, au supermarché ou chez soi. Depuis, ce philosophe issu d’un milieu modeste se considère volontiers comme un « pestiféré » dans l’Hexagone, quand il est célébré et sollicité à l’étranger – il a enseigné à Berkeley comme à São Paulo. Reçu premier à l’agrégation de philosophie en 1968, Yves Michaud a toujours fui les chapelles en passant pour un libéral-libertaire. Il a pourtant dirigé l’Ecole nationale des beaux-arts (de 1989 à 1997), puis lancé l’Université de tous les savoirs et ses conférences très courues. Sceptique mais curieux de tout, jonglant avec les disciplines, il s’est distingué par ses réflexions inattendues sur la culture, la violence ou la politique. Solide d’esprit comme de corps (il est sportif), à la fois terrien et technophile, c’est un partisan du gai savoir. Un esprit libre, en somme.

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En 2003, dans L’Art à l’état gazeux, vous diagnostiquiez un art désacralisé et volatil, qui infuse tout notre quotidien. Dans ce contexte, l’audace a-t-elle encore un sens ?

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Nous continuons à croire que l’art doit viser la transgression, mais en réalité, aujourd’hui, celle-ci ne va pas très loin : il s’agit d’une audace ritualisée et encadrée. Pour deux raisons : la première tient au fait que toutes les voies ont été explorées, et qu’il est difficile d’aller plus loin. C’était différent au XIXe siècle, lorsque Manet peignait l’Olympia : représenter une prolétaire nue était un vrai scandale, une forme de pornographie, maintenant omniprésente sur Internet. La deuxième tient aux cadres légaux, qui sont largement reconnus et acceptés. Il est désormais totalement interdit de montrer des enfants nus – gare à la pédophilie ! – ou des animaux maltraités – cruauté bannie ! Des artistes comme Lewis Carroll ou Pierre Louÿs, avec leurs photos de petites filles, seraient aujourd’hui en prison. Comparés à eux, nos artistes vivants sont des saints, respectueux de la justice, de l’opinion publique, de la correction morale et des groupes de pression.

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