Décision du Conseil de Presse sur le conflit d’intérêts / M. Sylvain Boucher vs M. Nicolas Mavrikakis

 La honte et l’honneur, banquet de Platon
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M. Sylvain Boucher

Plaignant

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M. Nicolas Mavrikakis

Collaborateur

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Mme Josée Boileau

Rédactrice en chef – Le quotidien Le Devoir

Mis en cause

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De l’avis du Conseil de Presse, la situation dans laquelle se trouve M. Mavrikakis est telle qu’il ne peut rencontrer le niveau d’indépendance qu’exige toute activité journalistique professionnelle. Il se trouve, en effet, dans une permanente situation de conflit d’intérêts, considérant qu’il pourrait un jour exposer ou travailler dans n’importe quelle galerie qu’il est appelé à commenter. Toute personne qui retire un revenu ou autre avantage du milieu des galeries d’art ne possède pas le degré d’indépendance requis pour prétendre légitimement effectuer un travail journalistique professionnel. La déontologie exige des journalistes factuels et d’opinions des balises rigoureuses concernant les conflits d’intérêts pour ainsi préserver leur indépendance et s’assurer qu’ils ne soient guidés que par l’intérêt public et non par leurs intérêts personnels. Cependant, le Conseil considère important de préciser que M. Mavrikakis ne perd pas sa liberté d’expression, ni Le Devoir, sa liberté de conclure une entente avec ce dernier, pourvu que les contributions de M. Mavrikakis soient présentées comme les commentaires d’un artiste en arts visuels. Décision Au vu de ce qui précède, le Conseil de Presse du Québec retient la plainte de M. Sylvain Boucher contre M. Nicolas Mavrikakis, collaborateur et Le Devoir pour le grief de conflit d’intérêts.

 Décision complète au bas de la page 

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Avant-propos

Le Vadrouilleur Urbain

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En 2009, nous avons remis un document qui se voulait un énoncé de principes offrant diverses pistes en matière d’éthique et de déontologie. Nous y faisions part, plus précisément, de nos inquiétudes relativement à une situation qui présentait toutes les apparences d’un conflit d’intérêts. Quelques jours plus tard et avec une fureur aveugle sans précédent, nous recevions du milieu des arts visuels Montréalais plusieurs courriels nous enjoignant de nous « fermer la gueule°» sur le sujet, ainsi que d’autres commentaires confus témoignant de l’indignation de leurs expéditeurs. Notre document a finalement été utilisé pour diviser alors qu’il visait plutôt à susciter la réflexion sur une question sérieuse à laquelle nous croyions, peut-être naïvement, que nous étions prêts à réfléchir collectivement pour prévenir les manquements ou les ratés.

 

En octobre 2013, après l’examen de notre plainte, le Conseil de presse du Québec faisait connaître son opinion sur le cas en question dans une décision saine et équitable .

 

Récemment, le Conseil a remis une seconde décision qui va dans le même sens que la précédente. Comme la répétition a, dit-on, des vertus pédagogiques, nous espérons vivement que cela s’avérera en l’occurrence. Le principal intéressé, Nicolas Mavrikakis, prétend que le simple fait d’admettre d’emblée qu’il occupe des fonctions multiples au sein d’un même groupe, en plus d’être journaliste, suffit à le soustraire à toute apparence de conflit d’intérêts. Il dit faire preuve de transparence, mais sa lecture de la réalité ne convainc que lui-même. Le monde dans lequel il se voit ne semble obéir qu’à ses propres lois, donnant l’impression d’un enfermement complaisant. (1) Il est donc le profil type du représentant multicarte de la pensée officielle, qui n’a peur ni du mélange des genres, ni du conflit d’intérêts et qui devient donc automatiquement hargneux dès qu’on souligne les failles de l’appareil qui lui fournit son identité.

 

Rappelons que tous les journalistes qui se sont fait élire comme députés, notamment Bernard Drainville, ou qui ont été nommés à des postes importants dans des organismes publics, tel Philippe Schnobb à la présidence de la Société de transport de Montréal (STM), ont dû démissionner de la Société Radio-Canada. Le chef d’antenne de CBC Peter Mansbridge a dû défendre son intégrité journalistique après la publication d’une nouvelle à l’effet qu’il a prononcé un discours rémunéré devant un parterre de producteurs de pétrole. Le fait de ne pas couvrir, en tant que journaliste, une exposition ou toute autre manifestation que vous organisez devrait aller de soi sur le double plan éthique et déontologique. Par contre, c’est nettement insuffisant, pour éviter toute apparence de conflit d’intérêts vous devez faire un choix, soit vous devenez organisateur dans le milieu des arts visuels, soit vous demeurez journaliste pour le même milieu.

 

Selon Catherine Voyer-Léger auteure de Métier critique « On estime généralement qu’il relève de la critique de savoir prendre ses distances d’affects pour contextualiser au minimum une œuvre, la critique est un acte de pensée qui doit atteindre « La distance indispensable à la faculté de raisonner ».

 

Nous profitons de l’occasion pour souligner que monsieur Mavrikakis est un excellent commissaire (nous pensons notamment à l’exposition Déclic 70), dont nous ne remettons aucunement en question les qualités. Le talent est certain, l’aplomb et l’imagination triomphent. Par contre, l’exercice simultané de ses fonctions nous laisse perplexe. Le Conseil de Presse a mis en place une structure afin que chaque journaliste puisse évoluer dans un environnement où la subjectivité honnête ne demeure pas une notion entrelacée.

 

Selon Guy Amyot, secrétaire général du Conseil de presse : « lorsque les citoyens perdent confiance en l’information qu’on leur présente, ou lorsque s’installe un doute dans leur esprit quant à l’indépendance dont jouissent ceux qui la rapportent, nous nous retrouvons, collectivement et socialement, avec un très grave problème »

 

Cela aurait dû être une question de déontologie à débattre entre journalistes, Conseil de presse et autres acteurs de ce milieu. Pourquoi a-t-elle suscité, au contraire, une telle colère, un tel déversement de bile dans le milieu des arts visuels ? Pourquoi tant de têtes de carême et d’insultes insignifiantes ? Ne devrait-il pas y avoir une saine distance entre les parties ? À lire les commentaires incompréhensibles « violence perverse » certains de mes collègues (ici), le délire semble s’être nourri sans mesure de lui-même, prenant la forme de pressions indues, de procès d’intention, insultes, voire de menaces comme si cette discipline relevait d’un droit divin. Il faut bien reconnaître qu’ils ont franchement dépassé la raison. Leur irrationalité laisse perplexe, esprits désenchantés êtes-vous là ? Pour caricaturer le tout, nous avons cru quelques instants que nous avions affaire à une gauche totalitaire qui ne supporte pas la contradiction et qui refuse de débattre sans caricaturer la partie adverse pour finalement faire accepter définitivement l’inacceptable. De plus, avec une stratégie vieille comme le monde on a cherché à m’isoler en divisant et propageant des rumeurs les plus farfelus. J’ai aussi compris que monsieur Marc-Antoine K.Phaneuf devra apprendre à désigner les choses autrement qu’en pointant du doigt, toute attaque personnelle mène à un cul de sac (délire ici). Nous avons remis tous les courriels haineux aux organismes de presse ainsi qu’aux différents ministères (dossiers à suivre).

 

Même si notre confiance a été ébranlée, elle demeure suffisamment solide pour nous inciter à ne pas répondre à de tels débordements. Malgré cette ambiance d’arène, je me suis entrainé dans ma jeunesse à me foutre des opinions qui ne visent aucun but.

 

Ce qui nous a le plus étonnés, c’est que quelques mois auparavant les mêmes acteurs nous louangeaient. Nous avons vite compris que le moindre désaccord pouvait conduire à l’amertume et à l’agressivité, et ce, avant même que les nuages apparaissent. Le réseau est vraiment très petit, nous sommes-nous dit !

 

Rappelons qu’on nous a donné raison sur des points d’éthiques, et non sur des convictions sans valeur et sans fondement. Notre objectif est de faire renaître dans notre domaine toute l’honnête subjectivité qu’elle mérite et de redonner sa juste place à l’indépendance de la pensée critique dans la pratique journalistique au sein du milieu des arts visuels. Les médias, aussi bien les journalistes que les diffuseurs, ont leur propre association et leur propre code de déontologie. Ils sont donc structurés et bien organisés.

 

L’imaginaire doit triompher des mesquineries inconscientes et c’est pourquoi nous continuerons à aller de l’avant.

 

Croyez-vous qu’après cinq ans d’existence nous mettrions notre tête sur le billot si les enjeux n’en valaient pas la peine ? Changer les habitudes permettra d’assainir les pratiques entre les journalistes et les acteurs de ce milieu. Choisir le journalisme implique l’adhésion au code de déontologie de la profession; encourager le contraire comme plusieurs l’ont fait serait malhonnête.

 

Revenons à l’objet du débat, c’est-à-dire le conflit d’intérêts et l’apparence de conflit d’intérêts. Le Conseil de presse du Québec a statué qu’un journaliste ne doit en aucun cas se placer en conflit d’intérêts ou en apparence de conflit d’intérêts, et il nous a donné raison sur l’ensemble des arguments que nous leur avons exposés.

 

Le haut niveau de soutien et de respect que témoigne le grand public à une organisation tient non seulement à la mission culturelle de son secteur d’activité mais aussi au haut degré d’intégrité, d’objectivité et de professionnalisme de ses dirigeants. Les conflits d’intérêts concernent aussi les comportements qui ne sont pas conformes à ces principes de base, en particulier, les principes de neutralité et d’impartialité.

 

La question des conflits d’intérêts est récurrente en journalisme. Elle est liée à l’intégrité professionnelle. Elle pose la question du détournement de la mission démocratique du journalisme, consacrée à l’intérêt public, pour en faire une activité de promotion d’intérêts particuliers.

 

Il est aussi de la responsabilité des entreprises de presse et des journalistes de se montrer prudents et attentifs aux tentatives de manipulation de l’information. Ils doivent faire preuve d’une extrême vigilance pour éviter de devenir, même à leur insu, les complices de personnes, de groupes ou d’instances qui ont intérêt à les exploiter pour imposer leurs idées ou encore pour orienter et influencer l’information au service de leurs intérêts propres, au détriment d’une information complète et impartiale. – Conseil de presse du Québec

 

Les journalistes et blogueurs ne sont pas les agents de relations publiques d’un groupe particulier et ne doivent en aucun cas être le prolongement idéologique d’une association ou d’un groupe et de quelques intérêts que ce soit. – Conseil de presse du Québec.

 

L’auteure Catherine Voyer-Léger a récemment publiée « Métier critique ». Cette dernière mentionne ceci : « Le phénomène d’aliénation est plus complexe que cela. Il se caractérise par le fait qu’un sujet n’a justement pas le sentiment d’être aliéné. Il a tellement intériorisé les cadres et les tabous du groupe qu’il estime y participer de son plein gré. Ce type d’aliénation, plutôt que de concerner la masse, concerne un groupe restreint et souvent tricoté serré. » Selon le Conseil de Presse, M. Mavrikakis se trouve, en effet dans une permanente situation de conflit d’intérêts et ne peut rencontrer le niveau d’indépendance qu’exige toute activité journalistique professionnelle.

 

Madame Émilie Grandmont Bérubé, présidente du conseil d’administration de l’Association des galeries d’art contemporain et présidente de la galerie Trois Points, s’est permis, de nous retirer de sa liste de presse à la suite de la première décision du Conseil de presse d’octobre 2013.
Chère Madame Grandmont Bérubé , vous devez savoir que l’actuel dossier ne relève aucunement de votre compétence, et nous vous rappelons que nous nous sommes adressés à des organismes qualifiés, tout autant que vous l’êtes dans votre domaine. Il est bien de défendre les valeurs auxquelles on croit, encore faut-il que ces valeurs soient défendables, et à notre humble avis la pression indue et le conflit d’intérêts n’en font pas partie.
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Madame Émilie Grandmont Bérubé, voici ce que nos associations mentionnent : Une profession réglementée est une profession contrôlée par des lois et régie par une association professionnelle qui en fixe les critères d’accès, évalue les qualifications et la neutralité des candidats. Toute association crédible est pourvue d’un code d’éthique. Les associations ont la responsabilité de maintenir la confiance du public à l’égard de l’intégrité, de la gestion et des activités au sein de leur discipline.

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En conclusion

 

En ce qui nous concerne, nous sommes de vrais passionnés pas du tout animés par une retenue de convenance propre aux esprits peu créatifs. Nous détestons toute représentation factice qui minerait l’élan d’enthousiasme nécessaire à notre travail. Nous mettons tout en œuvre pour ne pas cultiver l’ambiguïté autour de nous, c’est pourquoi nous avons l’esprit clair et limpide. Nous sommes aussi des gens de principe, ce qui rime avec intégrité. Nous aimons notre travail, et nous croyons que cela paraît dans le contenu car nous mettons un temps fou à donner à chaque billet un caractère unique. Nous cultivons la rareté et l’aspect singulier.

 

Rassurez-vous, nous ne voulons pas démanteler le réseau puisque nous aimons ce qui se passe ici dans les arts visuels. Notre milieu peut s’enorgueillir de plusieurs activités et manifestations majeures et incontournables. Nous savons très bien ce qui se passe ici, nous évoluons avec vous depuis bientôt cinq ans. Par contre, je ne laisserai jamais une telle improvisation devenir la norme au sein des arts visuels.

 

Nous voulons assurer un développement où la confiance règne : protéger un milieu ne veut pas dire l’enfermer. Un de nos collaborateurs avait mentionné dans son billet « que les critiques critiquent et que les galeristes vernissent ». Nous voulons un environnement où l’on peut poser des questions, critiquer de façon constructive et remettre en question lorsqu’on subit une décision arbitraire et non fondée comme celle que nous avons subie par L’AGAC en septembre 2012, selon laquelle « les médias électroniques n’ont pas de viabilité ». À notre avis, il est important que le milieu des arts se laisse investir par d’autres disciplines complémentaires et compétentes. Nous ne sommes pas vos copains, ni vos ennemis, nous sommes des travailleurs acharnés, des passionnés. Lorsque nous avons décidé de nous lancer dans cette discipline, nous nous sommes engagés à la défendre, à la chérir, à la bichonner et à la traiter avec toute la noblesse qu’elle mérite et que le milieu mérite.

 

Le spectre du « Tous pourris » n’est pas dans notre pensée, par contre, nous n’avons pas le droit de privé le public d’une information impartial et juste. De plus, notre cri d’alarme lancé en 2009 n’avait pas à être réduit et banalisé à une crise de vertu passagère et nous croyons que cela a été une erreur de la part du milieu des arts visuels. J’aime suffisamment le milieu pour le protéger contre les opportunistes. Être artistes, galeristes ou diffuseurs est une profession et je ne m’attends à rien de moins qu’a un comportement responsable, cohérent et professionnel.

 

La création, c’est à dire la soumission à la réalité intérieure peuvent raisonner à perte du vue sur l’art, et ce, même si il y a un cadre et une saine structure autour de notre profession.

 

La discipline des arts visuels est le véritable parent pauvre parmi les grandes disciplines artistiques et votre façon d’agir (repli) n’aide en rien à l’émancipation de cette discipline. Nous avons plusieurs autres dossiers et nous reculerons devant aucune menace. De plus, les seules interventions que nous ferons à Montréal sera d’assainir, de conscientiser et de sortir le milieu des arts visuels de leur sourde opinion du réel.

 

 

Autres dossiers à venir

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« Le phénomène d’aliénation est plus complexe que cela. Il se caractérise par le fait qu’un sujet n’a justement pas le sentiment d’être aliéné. Il a tellement intériorisé les cadres et les tabous du groupe qu’il estime y participer de son plein gré. »

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« Ce type d’aliénation, plutôt que de concerner la masse, concerne un groupe restreint et souvent tricot. serré. »

 

Catherine Voyer-Léger

Métier critique

216 pages – 2014
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Achat
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(ici)
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Source :
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LES ARTS VISUELS AU QUÉBEC, UN UNIVERS CLOS ET AUTOSUFFISANT

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Chaire de recherche en éthique du journalisme

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 Jean Claude Leclerc Le Devoir :

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(1) Nicole Esterolle
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La liberté d’expression ne peut jamais s’exercer qu’à l’intérieur des limites que dicte l’obligation de respecter les faits
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Comité des plaintes DÉCISION

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No de dossier : 2014-01-084 Date : 2014-10-03

M. Sylvain Boucher Plaignant C M. Nicolas Mavrikakis, collaborateur Mme Josée Boileau, rédactrice en chef – Le quotidien Le Devoir Mis en cause

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PLAINTE

(1) M. Sylvain Boucher dépose deux plaintes, les 7 et 14 janvier 2014, à l’encontre du collaborateur M. Nicolas Mavrikakis et Le Devoir, relativement à deux articles : ‘’Nous sommes tous des travestis’ et ‘’Pleins feux sur la pépinière du Pôle de Gaspé’’ publiés respectivement les 4 et 11 janvier 2014. M. Boucher considère que M. Mavrikakis en étant critique d’art au Devoir en plus d’être commissaire indépendant, initiateur d’évènements et artiste représenté par la Galerie Joyce Yahouda, se place en situation de conflit d’intérêts.

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ANALYSE

Grief 1 : conflit d’intérêts

(2) M. Sylvain Boucher reproche à M. Mavrikakis de se placer en situation de conflit d’intérêts lorsqu’il produit des articles sur des expositions en arts visuels. De l’avis du plaignant, M. Mavrikakis ne jouit pas de l’indépendance nécessaire pour pratiquer un métier journalistique, considérant qu’il est un membre actif de la communauté des arts visuels, étant lui-même un artiste, représenté par la Galerie Joyce Yahouda, ou il agit également comme commissaire invité.

 

(3) Mme Josée Boileau, rédactrice en chef du Devoir, mentionne que le journal fait appel à des collaborateurs de tout horizon pour sa couverture culturelle, dans laquelle ils souhaitent profiter des points de vue d’experts. Ainsi peut-on trouver des écrivains renommés qui signent des articles dans le cahier Livres, la condition .tant qu’ils ne peuvent critiquer, commenter ou recenser les ouvrages émanant des maisons d’édition ou ils sont eux-mêmes publiés. Mme Boileau précise qu’à l’arrivée de M. Mavrikakis au Devoir, ce dernier a dressé une liste des endroits auxquels il est associé en arts visuels afin de s’assurer qu’il ne couvrirait aucune exposition se tenant dans ces lieux. De l’avis de Mme Boileau, M. Mavrikakis a écrit, depuis son arrivée au Devoir, 13 textes qui respectaient les balises convenues.

 

(4) Par ailleurs, la rédactrice en chef souligne que la direction du journal a un réel souci de contrer les conflits d’intérêts : la convention collective y consacre un article (l’article 10) et que les salariés et collaborateurs doivent signer un formulaire destiné à un fiduciaire aux conflits d’intérêts, dont le rôle est de s’assurer que les dispositions de cet article sont respectées. Finalement, Mme Boileau ne voit pas en quoi le Conseil de presse aurait quelque chose à leur reprocher, ‘’à moins de conclure que M. Mavrikakis ne peut plus signer aucun texte en arts visuels dans les médias – ce qui serait évidemment abusif puisque la profession de journaliste se trouverait singulièrement limitée s’il fallait interdire de reportage ou commentaire tous les gens qui ont une expertise et une pratique spécifiques, qu’il s’agisse des univers culturels, sportifs, politiques, sociaux, etc. – eu égard aux dispositions prises par Le Devoir face à ce collaborateur comme tous les autres’’.

 

(5) Dans son guide de déontologie, Droits et responsabilités de la presse (DERP), le Conseil rappelle : ‘’ Les entreprises de presse et les journalistes doivent éviter les conflits d’intérêts. Ils doivent, au surplus, éviter toute situation qui risque de les faire paraitre en conflit d’intérêts, ou donner l’impression qu’ils ont partie liée avec des intérêts particuliers ou quelque pouvoir politique, financiers ou autre (…). Tout laxisme à cet égard met en péril la crédibilité des organes de presse et des journalistes, tout autant que l’information qu’ils transmettent au public. Il est impérieux de conserver la confiance du public quant à l’indépendance et à l’intégrité de l’information qui lui est livrée et envers les médias et les professionnels de l’information qui la collectent, la traitent et la diffusent. Il est essentiel que les principes éthiques en la matière, et que les règles de conduite professionnelle qui en découlent, soient respectés rigoureusement par les entreprises de presse et les journalistes dans l’exercice de leurs fonctions. Même si l’information transmise respecte les critères d’intégrité et d’impartialité, il importe de souligner que l’apparence de conflit d’intérêts s’avère aussi préjudiciable que les conflits d’intérêts réels. (…) Elles (les entreprises de presse) doivent se montrer tout aussi rigoureuses à l’égard du travail des collaborateurs extérieurs auxquels elles ont recours. ‘’ (DERP, pp.24-25)

 

(6) De l’avis du conseil, la situation dans laquelle se trouve M. Mavrikakis est telle qu’il ne peut rencontrer le niveau d’indépendance qu’exige toute activité journalistique professionnelle. Il se trouve, en effet, dans une permanente situation de conflit d’intérêts, considérant qu’il pourrait un jour exposer ou travailler dans n’importe quelle galerie qu’il est appelé à commenter. Toute personne qui retire un revenu ou autre avantage du milieu des galeries d’art ne possède pas le degré d’indépendance requis pour prétendre légitimement effectuer un travail journalistique professionnel. La déontologie exige des journalistes factuels et d’opinions des balises rigoureuses concernant les conflits d’intérêts pour ainsi préserver leur indépendance et s’assurer qu’ils ne soient guidés que par l’intérêt public et non par leurs intérêts personnels. Cependant, le conseil considère important de préciser que M. Mavrikakis ne perd pas sa liberté d’expression, ni Le Devoir, sa liberté de conclure une entente avec ce dernier, pourvu que les contributions de M. Mavrikakis soient présentées comme les commentaires d’un artiste en arts visuels.

 

(7) Le Conseil retient le grief de conflit d’intérêts  

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DÉCISION

(8) Au vu de ce qui précède, le Conseil de presse du Québec retient la plainte de M. Sylvain Boucher contre M. Nicolas Mavrikakis, collaborateur et Le Devoir pour le grief de conflit d’intérêts.

 

(9) Le Conseil de presse du Québec rappelle que : ‘’Lorsqu’une plainte est retenue, l’entreprise de presse visée par la décision a l’obligation morale de la publier ou la diffuser. Les entreprises de presse membre s’engagent pour leur part a respecter cette obligation, et a faire parvenir au secrétariat du conseil une preuve de cette diffusion au maximum 30 jours suivant la date de la décision.’’ (Règlement No 3, article8. 2)

 

Guy Amyot, secrétaire général

 

Au nom du comité des plaintes

 

La composition du comité des plaintes lors de la prise de décision :

 

Représentants du public : Mme Micheline Bélanger, Mme Micheline Rondeau-Parent, M. Alain Tremblay

 

Représentants des journalistes : M. Denis Guénette, M. Luc Tremblay

 

Représentants des entreprises de presse : M. Éric Latour, Mme Micheline Pepin

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LOGO .  LE VADROUILLEUR URBAIN no 3.
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