Art contemporain, chasse, pêche et tradition / La chronique croquignole de Nicole Esterolle – n° 52

01 ours

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La chronique croquignole de Nicole Esterolle – n° 52

 

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(Des infos frétillantes d’actualité, à lire posément …L’ensemble des textes et documents joints ou liés représentant environ 30 mn de lecture pour une information et des éléments de réflexion que vous ne trouverez pas dans vos médias habituels))

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si problème de typo : lire sur www.schtroumpf-emergent.com

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Au sommaire de ce  n° 52:
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1-    Art contemporain, chasse, nature et tradition
2-    Le paradigme de l’art contemporain selon Nathalie Heinich
3-    Un scandale : ce peintre du dimanche ne peignait que le mardi !
4-    L’art contemporain en 6 dogmes
5-    Vernar Benêt : après les points noirs, le pinard noir
6-    Deux riquiqui foires internationales d’art contemporain à Marseille et Lyon
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1- Art contemporain, chasse, pêche  et tradition 
 
Depuis l’installation en 2008 du « plus gros gros ver de terre du monde » de  Yan Fabre – connu aussi pour ses « lancers de chats » –  sur le sol de la salle Rubens de la galerie Médicis du Musée du Louvre, la confrontation entre œuvres patrimoniales et art contemporain est une pratique de plus en plus en vogue dans nos musées français … Personne n’est certain que ce mélange des genres et des époques soit vraiment utile à l’art, mais il paraît que cela augmente la fréquentation des lieux où ce « cross over » se produit, et c’est cela qui importe pour les conservateurs et agitateurs culturels divers…Car chacun sait que l’art contemporain fait toujours abondamment parler du lieu qui l’accueille, en faisant  « débat » ou polémique dans les chaumières alentour… Car chacun sait aussi que la fonction de cet art-là est d’abord d’être un générateur de discours et un propulseur de médiatisation…Car chacun sait que plus cet art-là est provocateur, scandaleux, morbide, cynique, pervers, absurde, etc.,  mieux il répond au besoin de surenchère permanente dans le sensationnalisme, qu’ont, par nécessité déontologique,  les journalistes, chroniqueurs,  agences de communication et autres fellateurs du néant, qui tiennent les mécanismes de valorisation de l’art .
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Dans la peau d’un ours noir 
 
Alors, justement… à propos d’art contemporain comme vecteur de communication, je viens d’apprendre que l’artiste performeur Abraham Poincheval, dont je vous ai déjà parlé, et qui s’est fait une spécialité des happenings  d’enfermement hyper-médiatiques : emmuré une semaine durant dans une librairie en mal de publicité ; enterré vivant sous le parvis de l’hôtel de ville de Tours pendant huit jours pour faire de la pub pour le FRAC local, etc., organise aujourd’hui  sa réclusion volontaire dans la peau d’un ours noir au Musée de la Chasse et de la Nature à Paris. (voir fichiers-joints des images n°1 et n°2)
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Situé dans un bâtiment historique rue de Archives, au cœur de Paris, ce Musée  voué plutôt aux valeurs patrimoniales et à la tradition cynégétique, semble donc  jouer la carte d’ un art d’extrême contemporanéité pour une association paradoxale certes, mais d’une extrême efficacité communicationnelle.
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La machine à fairechanter les cerfs dans la brume 

Car avant cette « peau de l’ours noir », il y avait eu, en ce même musée, « La machine à faire chanter les cerfs dans la brume », réalisée par le couple d’ artistes Marion Avalante et Benoît Mangin, du  groupe Art orienté objet (AOo).
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Machine (voir image jointe n° 3) qui, nous dit Harry Bellet dans le journal Le Monde (un critique d’art qui est , autant que je le sache, plus spécialiste du marché de l’art que de cygénétique ou de taxidermie) est « faite avec une  bête qui a été  abattue dans le parc du Musée , puis dépiautée in situ,  et dont la  peau a été recousue comme pour une outre. Un tuyau de bois saille de sa bouche et Benoît Mangin l’utilise pour insuffler de l’air dans le ventre désormais vide de l’animal. Les pattes ont été remplacées par des bourdons de cornemuse. Lorsque Marion se jette sur la fourrure emplie du souffle de Benoît et la pétrit des genoux et de ses mains, un geste à la fois dur et doux, violent et caressant, cela produit des sons à nuls autres pareils. »…Je n’invente rien, je cite…
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Harry Bellet nous informe aussi que le directeur du Musée a bien reçu quelques expressions d’effroi devant cet horrible cadavre de cerf aux pattes entubées, mais que «ces mugissements d’effroi ne venaient pas des défenseurs des animaux mais de gens peu amènes envers l’art contemporain »…Ben voyons ! Cette petite perfidie de  notre chroniqueur d’art de marché, impliquant donc l’idée que c’est chez les viandards éclairés que l’on trouve la plus haute proportion d’amateurs d’art contemporain extrême : ceci résultant du fait que les seconds autant que les premiers ont le même irrépressible penchant  pour les atrocités, qu’elles soient corporelles ou mentales.
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Tout ceci montre bien que l’art contemporain est d’autant plus performant comme instrument de communication, que l’opposition est grande entre son avant-gardisme et les valeurs conservatistes portées par les lieux à médiatiser , que la tension dans le couple oxymorique modernité-tradition est forte , et que le contre-sens, le non – sens et l’ineptie  de l’opération sont payantes…Et cela montre aussi qu’il existe une alliance objective de fait entre les postures les plus avant-gardistes et celles les plus traditionnalistes et réactionnaires… comme le recto et le verso d’une même avanie faite à l’art.
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2 – « Le paradigme de l’art contemporain » selon Nathalie Heinich

Pour ses premières approches de l’ « art contemporain », en 1999, la sociologue Nathalie Heinich voyait cela comme «  un nouveau genre » différent de l’art moderne ou classique…Aujourd’hui, dans son livre intitulé « Le paradigme de l’art contemporain », qui vient de paraître chez Gallimard (image 4),  elle pense que  « plus qu’un genre artistique, l’art contemporain fonctionne comme un nouveau paradigme, autrement dit, une structuration générale des conception admises à un moment du temps, un modèle inconscient qui formate le sens de la normalité » … un peu comme le soviétisme aurait pu  être lui aussi abordé comme un nouveau paradigme de l’humain et étudié comme tel par le sociologue soucieux de conserver sa neutralité d’analyse, pour des raisons méthodologiques…et pour ne pas se retrouver au goulag pour la fin de ses jours … Mais fort heureusement,  la présence de  sociologie sui generis  en URSS était inconcevable… Tout comme peut paraître contre nature  l’intrusion d’une sociologue dans l’appareil totalitaire  de l’art contemporain, pour qui une réflexion  d’ordre sociologique sur lui-même risque d’être  auto-néantisante…et bien que le questionnement sociétal soit un des sujets favoris de cet art, comme diversion lui évitant de se questionner sur lui-même et sur sa propre ontologie…
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Aussi, le livre de Nathalie Heinich, est-il le bienvenu, parce qu’attendu, opportun, nécessaire, parce qu’il brise l’omerta, parce qu’il ouvre une voie d’exploration en territoire tabou… Il s’enfonce courageusement dans cette jungle terrifiante, il informe, il en fait le récit hallucinant, il fouille, il explique le fonctionnement des réseaux, il constate les collusions et conflits d’intérêt à tous niveaux, , il récapitule les multiples déclinaisons de l’inepte, de la transgression et de la provocation génératrices de commentaires , il démonte les grands et petits mécanismes de l’horreur artistique à but médiatique puis financier…Et même s’il ne va pas au fond ou à l’intérieur extrême de ces mécanismes, même s’il est très énervant de voir l’auteure, par rigueur méthodologique, ne jamais envisager  les œuvres par leur « intérieur », on lui pardonne cette mise à distance de son sujet, ce « regard en lumière rasante », cette « neutralité axiologique »…Car elle est dans la situation du médecin légiste qui doit se protéger, se caparaçonner, réprimer ses émotions, se boucher le nez, utiliser de longues pinces,  pour pratiquer l’examen de cet énorme pourriture ou corps nécrosé qu’est l’ « art contemporain », où grouille toutes espèces  de bestioles carnassières: celles  du cynisme, de l’arrogance, de l’immoralité, de l’impudence, de la frime, de la vanité, etc. ; et où s’agitent et se congratulent toutes sortes de piranas nécrophages se nourrissant  du cadavre d’un art qu’ils ont eux-mêmes assassiné : spéculateurs, affairistes culturels, fonctionnaires de l’absurde, professeurs d’eux-mêmes, gourous pervers, gigolos jetseteurs, nervis de la DRAC, businessman du rien, curators de l’absence, conservateurs de l’immatériel, onanistes du conceptuel, tortionnaires du sens, précieuses ridicules, rhétoriciens du non-sens, fellateurs du néant, critiques, galeristes, collectionneurs auto-propulsés internationaux, traders cocaïnés, sophistes déjantés, milliardaires poutiniens incultes et ivrognes, etc.
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Alors oui, paradigme ou pas – car cette notion semble plutôt utilisée ici, comme bouclier prophylactique –, il faut lire ce livre indispensable, cette analyse-témoignage proprement stupéfiante, pleine d’anecdotes inédites et  incroyables, pour comprendre ce qu’est la spécificité du dit « art contemporain »… et il faudrait que tous les agents institutionnels préposés patentés  à l’AC, le lisent aussi pour qu’il sachent de quel monstrueux «nouveau  paradigme » ou « retournement » de l’art,  ils sont à la fois les produits, les acteurs et les complices…Il faudrait que sa lecture soit obligatoire pour tous les élèves des Écoles des Beaux-Arts…pour tous les adjoints aux affaires culturelles de ce pays…pour Aurélie Fillipetti, pour tous les schtroumpfs en voie d’émergence, etc.
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Mais ce n’est qu’un début !
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Maintenant que Nathalie Heinich nous a fait ce nécessaire état des lieux, nous a expliqué comment fonctionne cet effarant retournement de l’art qu’elle nomme « paradigme », comment les réseaux de pouvoirs et d’argent s’en sont accaparés, comment il a été vidé de son sens et de son contenu proprement humain, etc…il faudrait essayer de comprendre et d’analyser le pourquoi de la chose…et ensuite se préoccuper du que faire ?de la chose
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Au hasard des pages…
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L’un des multiples intérêts de ce livre est, qu’en l’ouvrant au hasard, on tombe toujours sur une information parfaitement simple et factuelle et dont la strict réalisme prend alors caractère  irréaliste, onirique (oui, on croit rêver…), voire hallucinogène…On passe en effet dans une autre dimension… dans un autre « paradigme » comme le dit si bien Nathalie H.
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Quelques  exemples au hasard :
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– D’un nart très narratogène (Page 89-90)
« Le récit : voilà le point commun de ces multiples façons d’étendre l’œuvre au-delà de l’objet (…) L’art contemporain est devenu , essentiellement, un art du « faire raconter » : un art du récit, voie de le légende, un art du commentaire et de l’interprétation, ou simplement de l’anecdote. L’objet n’y est plus qu’un prétexte, ou au mieux un activateur, qui va entrainer des actions, des mots, des opérations, (j’ajouterais du storytelling, du borborygme incantatoire, de la logorrhée parfaitement imbitable…)  des reconfigurations de l’espaces (tel l’ « outil visuel de DB en forme de rayures), dont l’ensemble est ce qui constitue l’œuvre. Mais c’est alors, bien sûr, une œuvre ouverte, qui, loin de se réduire aux limites matérielles de l’objet, est susceptible de s’enrichir de tous les commentaires, de toutes les interprétations, de toutes les imitations, les critiques, voire de tous les actes de vandalisme qu’elle pourra engendrer. …C’est cette réalité – éminemment sociologique – qu’il faut avoir à l’esprit pour entrer dans le paradigme de l’art contemporain. »
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– d’une schtroumpfisation systémique (pages 218-219)
Si , avec le paradigme art moderne on avait affaire avec une économie « d’œuvres » sans discours autour, avec le paradigme « art contemporain » il s’agit désormais  d’une économie « des  projets », dans un art essentiellement « processuel et discursif yeah ! » comme  le chante si bien le fameux site-jockey Dédé la Rouille sur le site Artparis.com.
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« Dans l’économie de projets l’évaluation porte sur le processus créatif. C’est la demande qui est jugée et qui donne droit à des aides à la production sous forme de subventions.(…)C’est ici qu’apparaît un nouveau type de galeries, à la limite du monde institutionnel, où prime «  l’économie de projets », le « process ». Ces galeries sont plutôt des « galeries tremplins », variante souvent non marchande de la galerie de promotion , de forme essentiellement associative, et qui ont a leur tête principalement d’anciens élèves des beaux-arts, des professeurs d’art ou des personnes bénéficiant d’une formation universitaire en arts plastiques. Elles fonctionnent majoritairement grâce aux subventions que leur octroient la DRAC, la commune, les conseils régional et général. Leur public vient surtout des écoles d’art et des associations subventionnées…. »
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– Des finances du Centre Pompidou (Page 224)
« Si le Centre Pompidou avait, par hypothèse, voulu acheter la totalité  de la vente Hirst de 2008, qui représentait un an et demi de travail de l’artiste et de ses assistants, il aurait du y consacrer trente-trois années de son budget d’acquisition… »
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– De l’incestueux et du consanguin (page 209)
« Les conséquences de cette endogènéisation d’un système fonctionnant en vase clos sont doubles. La première conséquence est de rendre toujours plus problématique la mission de diffusion auprès du public et de démocratisation assignée aux institutions publiques, alors même que celles-ci sont les théâtres privilégiés de ce jeu, puisque les profanes n’ont plus de place dans ce dialogue qui pourrait être facilement qualifié d’incestueux. La seconde conséquence est de raréfier les sources de la création, en les circonscrivant à un terrain de jeu fermé sur lui-même… »
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– Du plus voyant de l’entre-soi (page 228)
« Le plus voyant est le conflit d’intérêt : par exemple, lorsqu’un ancien ministre de la culture utilise son poste de directeur de l’établissement public du Château de Versailles pour y organiser des expositions mettant en vedette des artistes phares d’une prestigieuse collection dont il est par ailleurs le conseiller… »
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Christine Sourgins commente le « Paradis » (gmeuh ! ) de l’art contemporain »
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Vous pourrez trouver sur les liens ci-dessous les commentaires de Christine Sourgins qui complètent bien les miens…
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http://www.sauvonslart.com/modules/news/article.php?storyid=68736

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Nathalie Heinich me cite dans  son livre…

et je vous joins le scan (fichier joint n° 5)de la page. Extrait de  ma chronique n° 16 du juillet 2011 :

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« Alors, dites-moi, d’où ça vient cette discursivité échevelée,  ces borborygmes cervicaux ? C’est quoi ces flatulences intello-débiles?, C’est quoi  ces machins sans queue ni tête encombrant les vénérables parquets ?(voir l’image 06 ) C’est quoi cette embrouille où l’on voit, comme troupeaux de  cloportes,  des œuvres ineptes et sans valeur patrimoniale parasiter des lieux chargés de sens et de vécu à haute valeur historique ? C’est quoi cet irrespect des ancêtres et des actuels visiteurs? De quel droit ? Au bénéfice de qui ? Au nom de quelle logique à la mors-moi-le-nœud culturlurel, doit-on dépenser autant d’argent public pour polluer des lieux qui n’ont rien demandé et persécuter ainsi leurs visiteurs à coups de petites cruautés mentales subventionnées par la cultirelire ? Quel ministre du patrimoine aura un jour le pouvoir et le courage de faire le ménage dans nos Châteaux et d’y interdire ces dépôts estivaux d’insanités artistiques? »

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Ceci dit, je ne comprends pas bien qui sont ces  « versaillais de l’art contemporain », et ce que j’ai à voir avec eux… ! Une imprécision parmi quelques autres de NH, qui font aussi le charme de son livre et sur lesquelles on ne va pas chipoter..
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Beaux-Arts magazine a peur de Nathalie Heinich

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Avec cet article,  dont je vous joins la copie, intitulé « Nathalie Heinich ou la sociologie comme arme contre l’art contemporain. » En sous titre : «  La sociologue publie le deuxième volume d’une étude qui cherche à définir l’art contemporain comme un style et un genre global, réduisant ainsi les pratiques des artistes à néant…

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Oui , on se doutait qu’un tel livre est un sale moment à passer pour Mr  Bousteau, le directeur du dit magazine d’art, mais qu’il n’allait pas en avaler son chapeau pour autant. Effrayé par l’ouvrage, comme tant d’autres dans le milieu, il a donc chargé Judicaël Lavrador, un de ses troisièmes couteaux, de donner une petite leçon de savoir sociologiser  à l’effrontée NH…C’est un peu raté comme leçon, c’est confus, sournois, laborieux et d’un telle mauvaise foi, que ça ne peut que donner envie aux lecteurs de Beaux-Arts Magazine de lire ce livre… et de plus lire Beaux-Arts Magazine…
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Du petit Hitler à genoux :

En outre, Bobard Magazine a cru bon d’illustrer le texte du jeune Lavrador avec une image du petit Hitler de Cattelan (peut-être  parce qu’il vient de faire un tabac médiatique à l’occasion de son expo dans le Guetto de Varsovie)…Or, ce que Bobarmag semble oublier, c’est l’histoire de la naissance de ce petit Hitler… où l’on a vu Cattelan passer commande par téléphone à son exécutant employé du Musée Grévin, puis renoncer à son idée et décommander…mais trop tard car l’œuvre reniée par lui était déjà réalisée, etc… Enfin, une vraie salade pour ce qui est de la genèse de cet objet putassier qui vaut bien aujourd’hui, après le coup de pub de Varsovie, quelques dizaines de millions de dollars de plus…et les faveurs de BAM…

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Deux autres livres à lire
Auxquels NH fait souvent référence :

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-Bénédicte Martin. « Evaluation de la qualité sur le marché de l’art contemporain. Le cas des jeunes artistes en voie d’insertion »- Thèse Université Nanterre – 2005

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-Sarah Thornton. « Sept jours dans le monde de l’art » – Autrement-2009
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3 – Scandale au Salon de Montrouge : le dit  peintre du dimanche ne peignait que le mardi !
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L’encartage et statutage du peintre amateur est l’objet d’un projet de loi prochainement déposé à l’Assemblée Nationale, au nom de la bienséance artistique, par Aurélie Fillipetti, notre re-ministre de la Culture…C’est également le sujet d’un grand dossier publié par le magazine Artension dans son n° 125 de mai-juin, et où  figure un texte de moi que ce magazine m’a commandé et que j’ai intitulé «  Scandale au Salon de Montrouge : le dit  peintre du dimanche ne peignait que le mardi !» et que je vous livre ici, comme mise en appétit pour la lecture de ce très déménageant numéro d’Artension :
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Au Salon de Montrouge, dédié, comme on le sait, à la jeune peinture du dimanche émergente sur la scène internationale, les services d’inspection de la création du Ministère de la Culture ont su rapidement détecter cette  supercherie d’un des exposants pourtant sélectionné par un Collège critique de vingt des membres les plus éminents de l’AIGA ( Association Internationale des Gros – niqueurs  d’Art)…
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Je plaisante bien sûr en vous livrant cette fausse information…Mais j’ai pensé que cette plaisanterie était une bonne entrée en matière pour aborder cet épineux problème de la définition du plasticien amateur et de la distinction entre amateur et professionnel…Un problème d’autant plus épineux qu’il ne se pose peut-être pas, qu’il n’a peut-être ni objet ni solution envisageable…Une question d’autant plus fondamentale sans doute qu’elle ne semble pas jusqu’à maintenant avoir trouvé de bonne réponse, et que plus ça va , moins il semble possible d’en trouver par qui que ce soit, ni au niveau des plus hautes instances de la Délégation  Générale au Arts Plastiques, ni au niveau de la psycho-patho-sociologie de l’art ( une science humaine qui n’est qu’à ses premiers balbutiements malgré les louables efforts de Nathalie Heinich- voir plus haut), ni au niveau de la critique-historiciste  d’art qui est la plus calamiteuse qu’on ait jamais eu en France (Cf. « l’art contemporain en France » de Catherine Millet – Ed. Flammarion 2005 ou bien «  l’art contemporain, mode d’emploi » d’Elizabeth Couturier-Flammarion 2009)
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En fait, il y a un tel foutoir dans le champ des artistes  plasticiens, – à la différence de celui des boulangers où les choses sont claires – que la question  de savoir si tel artiste est amateur ou professionnel semble complétement secondaire par rapport à la foultitude d’interrogations  qui se posent pour définir ce métier. .. C’est en effet  la seule profession où l’on compte autant de non – professionnels  et où l’amateurisme se professionnalise aussi facilement ; où 30% des professionnels déclarés sont au RSA, donc « amateurisés » de fait ; où 80% de la production se fait « au noir », etc…Autant de situations inexistantes et inenvisageables dans la boulangerie…
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Mais ce qui fait le plus incertitude quant à   la notion de professionnalité pour les artistes plasticiens, là où il a le plus de plasticité ou d’imprécision  dans les termes employés , c’est pour ce qui concerne les conceptuels… Car on sent bien que dans ce cas, les critères de qualification amateur-professionnel sont totalement inopérants… Imaginez un Buren de la boulangerie , c’est-à-dire un a-boulanger fabricant du non-pain in situ ; ou bien un Rutault de la charcuterie fabricant du jambon de la couleur de l’assiette qui le contient…On comprend bien que dans ce cas de figure, on est au-delà de la distinction amateur  – professionnel et qu’artiste conceptuel amateur ou du dimanche n’a pas de sens. Et il semble évident que tous ces performeurs questionneurs sociétaux, interrogateurs des limites, défonceurs de murs, sodomiseurs d’insectes, installateurs de tas de terre ou de charbon, dans les galeries subventionnées pour cela, après quatre ou cinq ans d’étude en Écoles des Beaux-arts, ont franchi un seuil d’émergence à partir duquel l’incandescence créatrice est si élevée, qu’elle fait fusionner entre elles les notions d’amateurisme et de professionalité, que la distinction entre « assujetti » et « affilié » à la sécurité sociale Maison des Artistes » n’a plus de sens, et que la différence entre un plasticien performeur conceptuel du dimanche et un autre du mercredi n’existe plus… Nous sommes en fait parvenus à un niveau  stratosphérique où, comme le dit le philosophe baléarais Yves Michaud, l’art et les artistes sont totalement dématérialisés ou gazéifiés… Alors, oui, je pense que ce dossier d’Artension sur les peintres amateurs est très courageux, et que cette « mission impossible » est indispensable.
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4 – Le grand bluff de l’art contemporain

 

Le non art contemporain en 6 dogmes

Dans leur numéro de rentrée, consacré au «grand bluff de l’art contemporain», nos confrères du magazine «BoOks» présente un article de la très estimée revue littéraire colombienne «El Malpensante». Avelina Lesper, critique d’art du grand quotidien national «Excelsior», y analyse la façon dogmatique et autoritaire dont les critiques et commissaires d’exposition décident de ce qui doit être considéré comme de l’art.

Extraits féroces. Voici le lien :

http://bibliobs.nouvelobs.com/en-partenariat-avec-books/20130906.OBS5922/le-non-art-contemporain-en-6-dogmes.html

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5 – Vernar Benêt : après les points noirs, le pinard noir
Après les fresques de Buren dans les caves du Champagne Pommery, après l’emballage érotique de Koons pour une cuvée de Dom Pérignon, nous avons aujourd’hui le « Vin noir de Venet »… Et je vous joins une invitation pour l’inauguration… au cas où ça vous dirait d’aller déguster ce ténébreux breuvage … (doc joint 08)
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6 – Deux riquiqui foires internationales d’art contemporain à Marseille et Lyon

 

Marseille et Lyon sont les deux villes de province qui peuvent chacune se targuer d’avoir une foire d’art à dimension autant internationale que contemporaine… puisque ces deux qualificatifs sont indissociables en termes d’efficacité communicationnelle pour leur image au niveau interplanétaire.
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A Lyon, ce sont les foires Dock’s Art Fair et Wall Art Fair, qui alternent dans un même lieu les années paires et impaires (c’est un concept nouveau)… Deux mini -foires avec une vingtaine  de galeries exposantes et avec mini-public de trois ou quatre mille visiteurs…mais avec grosse aide financière des collectivités locales, de telle sorte qu’argent public et intérêts privés se mélangent allégrement sous la magistrale orchestration d’un affairiste culturel notoire et d’un galeriste comparse de la ville.
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A Marseille, c’est Art-O-Rama (www.art-o-rama.fr) qui aura lieu fin août à la Friche Belle de mai, et réunira 19 galeries européennes. On connaît assez mal le montage de l’opération, son origine, ses décideurs, ses acteurs centraux, son financement qui semble assez opaque…

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Les caractéristiques communes à ces deux foires sont :
       qu’elles sont l’émanation de réseaux dominants où s’imbriquent les investissements marchands, para-institutionnels et institutionnels
       qu’on y trouve donc une même collusion d’intérêts privés-publics
       que leur taille réduite est à la mesure de leur immense exigence de qualité et de leur gigantesque  ambition internationale
       qu’elles disqualifient artistes et galeries de la région, détruisent l’économie artistique réelle de ces deux villes
       qu’en sont automatiquement exclues toutes les galeries locales ou provinciales qui ne répondent pas aux critères et éléments de langage requis en termes de contemporanéité et d’internationalité
       qu’on ne peut y trouver que des œuvres issues d’un rigoureux formatage ; toutes semblables à travers les infinies déclinaisons possible de l’édulcoration sensible, de l’inexpressivité et de l’inepte de rigueur dans le « genre »… ou selon le « paradigme art contemporain » comme le dit Nathalie Heinich… Des œuvres visuellement nuisibles, intellectuellement toxiques, répétitives ad nauseam , telles que la dizaine  que je vous ai choisie au hasard sur le site Artorama, et dont je vous ai joint les croquignoles images ( 09)
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