Marc Leduc et Zoltan Veevaete / Espace Robert Poulin

 
 
 
 
Marc Leduc
Zoltan Veevaete
 
 
 
Jusqu’au
9 février 2013
 
 
 
 
 
Il y a dans les tableaux de Zoltan une originalité certaine dans la représentation chronique du comportement humain. L’espace statique de la toile est investi d’un théâtre bien particulier qui emprunte ces éléments autant à la tragédie qu’au grotesque de la BD. Le lyrisme très personnel de Zoltan ne sombre pourtant pas dans l’anachronie, car un pouvoir de transmission émotionnel certain nous guide dans ces méandres de la narration où se mêlent les thèmes de sensualité, d’érotisme, de joie et de douleur, de nostalgie et de disparition. Dans le banal et dans l’inattendu, Zoltan expose des réalités quotidiennes et les mythologies qu’elles impliquent; ces tableaux présentent des situations archétypales de notre passé comme de notre contemporanéité. Ils questionnent notre rapport au temps, à l’espace et finalement à la technique qui tend à abolir l’un comme l’autre. L’artiste offre ainsi une réflexion douce-amer sur notre condition, dans notre passé et dans le devenir de ce que nous sommes. Il nous fait pénétrer dans ce théâtre de l’intime par des plans expressifs, détaillés, qui évitent le pathos et l’emphase par un subtil décalage, une ironie bienveillante face à la condition humaine.



Les visages de cette humanité constituent sans doute un aspect remarquable du travail de cet artiste. Qu’ils soient cubistes, académistes, véristes, réalisés au pochoir ou au pinceau, ils demeurent les fils conducteurs pour la saisie de l’œuvre. L’œil du spectateur est attiré par ces faciès dont le pouvoir expressif permet de constituer de possibles mises en scène. Tous les visages de ces tableaux se parlent et nous parlent, dans leurs froideurs hiératiques comme dans leurs expressions extatiques. Les yeux en particulier créent ce réseau d’émotions, car l’artiste sait rendre le regard accusateur, froid, hâve, amoureux ou indigné. L’espace occupé par ces corps, par ces yeux, s’anime sans qu’il ne soit besoin de théorie, de programme; les tableaux de Zoltan ne sont pas des manifestes, mais des manifestations de la vie.



Les scènes sont jouées dans des topologies ou interfèrent des espaces urbains et ruraux souvent constitués d’objets et de rebuts de notre société de masse. Des topologies multiréférentielles, un amalgame de lieux pittoresques ou étranges, puisés dans des souvenirs de voyage, des monuments de l’histoire de l’art ou des espaces anonymes structurés en poutres, façades, ruelles improbables. Ici, un ghetto blaster sur une commode surannée, là une moto décatie dans une scène qui pourrait être tirée d’Eugène Onégine. Cette perméabilité du grand art et de la vie simple est servie par une distribution de plans aux couleurs stridentes où se mêlent les tonalités chaudes et acides. Il y a chez Zoltan une réelle minutie dans l’application des médiums utilisés, un soin certain pour le travail chromatique, pour le rendu des ombres et l’utilisation de la lumière. Voilà un réel talent de coloriste qui nous offre des roses, incarnats, fuchsias, jaunes citrons, couleurs posées souvent en applats qui captivent sans jamais simplement séduire; car l’effet n’est pas décoratif, mais radicalement suggestif. Au final, l’arrangement et la composition forment des ensembles ou se mêlent la douce ironie et le grandiose. Ces tensions entre banalité et solennel, entre tragique et burlesque, sont constitutives d’une affirmation vitaliste dont toutes les œuvres de l’artiste témoignent.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
FAIS ÇA SIMPLE




On entre dans l’atelier de Marc Leduc: des monceaux de papier jonchent le sol, une douzaine d’oeuvres à différents états d’achèvement sont accrochées, appuyées sur les murs ou déposées sur le plancher; un gros chat gris dort sur l’une d’elles.



Des feuilles de contreplaqué de différents formats, du gesso, des dessins stylistiquement naïfs sur des papiers de soie, sur des cartons, des sacs d’épiceries; de la peinture à l’eau, à l’huile et de la cire; des livres et des revues : la matière première, maigre, d’un outsider qui crée des univers avec trois fois rien.



Tout de suite, une chose est mise au clair: le travail sur les planches n’a pas de contenu propositionnel, l’approche est intuitive, strictement physique, automatiste.

 
L’artiste travaille sur plusieurs supports à la fois, 20 heures durant, afin d’utiliser un état de fatigue qui devient un état second dans lequel la main exécute la tâche que lui dictent les oeuvres. Chacune possède sa propre dynamique, s’échappent et se laissent rattraper, désirées et honnies. Elles entourent l’artiste d’une énergie qui commande une écriture picturale soustraite à l’activité strictement rationnelle. Cette mise en situation est une expérimentation de l’effacement de l’ego.



Pour être conséquente, cette épochè exige une approche originale: le support ne reçoit qu’indirectement les premières interventions de l’artiste.

 

La main commence par chercher dans les dessins sur papier qui jonchent le sol celui qui, collé sur le bois, tracera un premier sentier. Une forme en appelle une autre jusqu’au sentiment d’une possible unité. Là, modestement, la peinture à l’eau ajoute ses couleurs surannées dont l’artiste indique d’ailleurs avec ironie que ces bleus délavés et ces rouges approximatifs l’étonnent encore. Mais cette matière discrète est un passage auquel il faut se soumettre.


 

Cette forme d’art a ses propres exigences.



À ce stade, l’atelier est saturé d’une énergie sereine, des planches sont saturées de signes et de couleurs alors que d’autres laissent encore voir les motifs du bois qui ont arrêté la main, suspendu le travail. La peinture à l’eau cache ou dévoile des objets naïvement ébauchés, des tatouages, des mots dessinés d’une écriture approximative, des petits bonhommes qui s’effacent et que l’on retrouve sur d’autres oeuvres.

 

Néanmoins, la structure est encore ouverte et la main trace maintenant à l’huile les couleurs d’une densité que l’oeuvre, déjà forte d’elle-même, peut accueillir. Le jeu entre la main et la planche se passe à énergie égale et chacune interpelle l’autre: l’artiste n’a qu’à suivre, heureux que le travail avance, inquiet tout de même.

 

Processeur modeste de la mise en place des médiums successifs, l’artiste voit donc les libertés d’associations, les ambivalences qui découlent du dialogue de ces éléments lui échapper largement.

 

Les oeuvres sont peut-être des sentiers, mais pas des sentiers dans l’intimité de Marc Leduc.




Et la cire….


Si la cire était hier simplement une trace, un geste et une texture, aujourd’hui elle couvre la toile en entier. All 0ver. Après avoir été chauffée dans une casserole, sur un petit réchaud, la cire est répandue inégale, sur la surface de bois déjà collée, dessinée, peinturée. Ce n’est pas seulement une technique mixte: la notion temporelle de succession infère littéralement qu’il y a l’oeuvre qui se superpose à l’oeuvre qui se superpose à…bref, un palimpseste.

 

 

 

 

 
Espace Robert Poulin
372, rue Sainte-Catherine Ouest 411
Montréal, QC
H3B 1A2
 
 
 
Heures d’ouverture de la galerie: du lundi au vendredi de 11h à 17h, le samedi de 12h à 17h30 ou sur rendez-vous au (514) 910.8906
 
 
 
 
 
 
 

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