Dominique Blain, artiste engagée, en vedette au Musée des beaux-arts de Montréal avec son oeuvre Missa

 
 
 
Missa

Dominique Blain

 
  
Jusqu’au 28 octobre 2012
 
 
 

À l’occasion du premier anniversaire du pavillon Claire et Marc Bourgie consacré à l’art québécois et canadien dans lequel se trouve Mirabilia, une œuvre réalisée par l’artiste montréalaise Dominique Blain dans le cadre de la politique d’intégration des arts à l’architecture, le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) présente Missa, une installation créée vingt ans plus tôt par la même artiste. Ces deux oeuvres se répondent d’une manière mystérieuse et complémentaire. En effet, tandis que Mirabilia rappelle les trésors de la culture et de l’esprit perdus, pillés, détruits par l’Histoire, Missa évoque le monde immémorial des armées, les batailles rangées, les ravages de l’idéologie et de la violence.

 

 

« Artiste engagée, précise et généreuse, Dominique Blain imagine des œuvres intemporelles au caractère universaliste d’une grande puissance visuelle, car toujours détaillées avec une rigueur sémantique combinée à un souci esthétique. Sans jamais tomber dans la facilité, la provocation ou la démagogie, ses œuvres sont au service d’un message toujours militant », souligne Nathalie Bondil, directrice et conservatrice en chef du MBAM.

 

 

Vingt ans après sa création, l’installation Missa est enfin exposée au Carré d’art contemporain du MBAM après un tour du monde l’ayant menée à Rome, Belfast, Londres, Sydney, Amsterdam, Copenhague, Bruxelles… et dans autant de villes en Amérique du Nord. Présentée pour la première fois aux Cent jours d’art contemporain de Montréal en 1992, l’œuvre a été acquise en 1994 par Louise Déry, alors conservatrice au MBAM sous la direction de Pierre Théberge. Missa, pièce de théâtre immobile composée de cent paires de bottes militaires suspendues au moyen de fils et disposées en colonnes comme un régiment fantôme de soldats marionnettes, est sans nul doute l’œuvre la plus célèbre de l’artiste montréalaise.

 

 

« Dans ses œuvres, Dominique Blain aborde les grands thèmes, les rapports entre la civilisation et l’oppression, entre l’Histoire et l’oubli, tout en réservant à l’esthétique son pouvoir d’évocation. L’idée est soumise à un travail d’épure formelle qui, tout en extrayant l’œuvre du cercle trop étroit des références littérales, en multiplie les régimes d’associations et le pouvoir d’évocation », explique Stéphane Aquin, conservateur de l’art contemporain au MBAM.

 

 

Dans le catalogue de la 9e Biennale de Sydney où Missa fut très remarquée, Dominique Blain décrivait son œuvre ainsi : « Figées dans l’espace, les bottes semblent aussi figées dans le temps. Dans cette position, “l’objet” s’estompe et se dissout dans le mouvement qu’il exprime. Dans le silence de la salle, on croit entendre le bruit de la marche militaire. On imagine l’essence même du fascisme résonnant dans le martèlement rigide des bottes à l’unisson.1 »

 

 

Revoir une œuvre aussi forte à vingt ans de distance permet d’y déceler des significations, sinon des répercussions nouvelles. Lorsque Missa avait été réalisée en 1992, la guerre de Croatie faisait rage dans les décombres du bloc de l’Est dont l’effondrement, deux années plus tôt, avait signalé la fin de la guerre froide. À la lumière des conflits actuels, l’œuvre prend une nouvelle signification, un nouveau sens symbolique.

 

 

Mirabilia suscite l’intérêt auprès des visiteurs du MBAM

 

Disposée sur une terrasse extérieure du pavillon Claire et Marc Bourgie et visible à travers une baie vitrée du niveau 3, Mirabilia assure la présence indélébile de Dominique Blain depuis 2011 grâce au concours organisé dans le cadre de la politique d’intégration des arts à l’architecture du gouvernement du Québec. En se référant à l’architecture des trois autres pavillons existants du Musée, l’artiste a conçu une série de blocs de verre éclairés de l’intérieur, reposant sur un lit de pierres qui recouvre entièrement la surface de la terrasse du pavillon. Depuis le niveau 3, ces blocs évoquent la topographie d’une ville. Du niveau 4, on y devine l’empreinte d’objets disparus. En effet, explorant un vaste panorama géographique, historique et esthétique, Mirabilia évoque le sort des œuvres qui ont été victimes du pillage ou de la destruction. Ces chefs-d’œuvre dérobés, disparus des collections publiques ou privées lors de guerres de conquête ou de religion, de séismes naturels, ou encore à cause de la cupidité des hommes, sont exposés ici tels des spectres lumineux. C’est dans ce petit jardin clos que la pierre, le verre et la lumière s’agencent à l’instar d’une nécropole pour rappeler la fragile existence de l’œuvre d’art.

 

 

Des plaques de verre de différentes épaisseurs, découpées au jet d’eau et montrant en leur centre la silhouette dessinée de l’œuvre jadis admirée, ont été traitées et assemblées pour former 38 boîtes — qui sont comme autant de stèles funéraires. Grâce à la lumière et à la texture du verre, les objets évoqués, disposés comme les strates superposées de la mémoire, s’assemblent en volumes organisés par empilements. Cimetière d’œuvres défuntes, Mirabilia rappelle les merveilles que nous n’avons pas su protéger.

 

 

La menace de destruction des œuvres d’art est un sujet récurrent dans la démarche de Dominique Blain. Parmi les pièces qui composent Mirabilia se trouvent trois œuvres célèbres ayant déjà inspiré son travail ces dernières années : en 1993, elle cite la maquette de la tour de Tatline pour l’exposition Monumental Propaganda, inaugurée à New York et qui a voyagé par la suite dans le monde entier; en 2004, une projection vidéo consacrée au Bouddha de la collection du Musée de Kaboul nº 1 (2001,) est présentée au Musée d’art contemporain de Montréal, suivie d’une installation à la Galerie de l’UQAM intitulée Monuments, rappelant le sort des Chevaux de Saint-Marc. Mirabilia est le résultat d’une réflexion ininterrompue depuis de nombreuses années autour de questions patrimoniales et muséologiques.

 

 

Dominique Blain, artiste montréalaise internationalement reconnue

 

Dominique Blain vit et travaille à Montréal. Elle a exposé dans plusieurs villes nord-américaines, européennes ainsi qu’en Australie (Biennale de Sydney en 1992). Trois expositions rétrospectives majeures lui ont été consacrées : au Musée d’art contemporain de Montréal en 2004 (en tournée à la MacKensie Art Gallery, Regina, et au Nickle Art Museum, Calgary); au Musée du Québec en 1998 (en tournée au Ansel Adams Center for Photography, San Francisco, et à la Sala 1, Rome); en 1997 et 1998, le Centre d’art contemporain Arnolfini de Bristol a organisé une exposition de son travail dans des institutions de cinq villes du Royaume-Uni : Belfast, Londres, Édimbourg, Newcastle et Cambridge.

 

 

Plusieurs musées ont diffusé ses œuvres : le Portland Museum of Art, le Contemporary Arts Museum, Houston, le Los Angeles County Museum of Art, le Kunstverein, Francfort, le Stedelijk Museum, Amsterdam, le Louisiana Museum of Modern Art, Copenhague, le Musée de l’Europe, Bruxelles, ainsi que le Museum of Science and Industry, Manchester. Outre Mirabilia au MBAM, Dominique Blain a réalisé plusieurs œuvres publiques au Québec au cours des dernières années, notamment au Théâtre d’Aujourd’hui (2010), au Théâtre du Nouveau Monde (2011) et à la Maison de l’Orchestre symphonique de Montréal (2011).

 

 

Dominique Blain en conférence au MBAM

 

Le jeudi 27 septembre à 18 h, Dominique Blain nous parlera de son installation Mirabilia dans une conférence donnée au MBAM en français. Elle nous expliquera son processus créatif et la symbolique derrière cette création unique.

 

 

 

 
 
Missa de Dominique Blain est exposée au Carré d’art contemporain
dans le pavillon Jean-Noël Desmarais (niveau S1). L’entrée y est libre en tout temps.
 

Mirabilia est exposée dans le pavillon Claire et Marc Bourgie (niveau 3).
L’entrée y est libre en tout temps.
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Musée des beaux-arts de Montréal
1380 Sherbrooke Ouest
Montreal, QC
H3G 1J5
(514) 285-2000
 
 
 
Dominique Blain, Missa (1992)Cent paires de bottes militaires usagées suspendues à une grille par des fils de nylon noir, 1/2
Achat, collection Ultramar du Musée des beaux-arts de Montréal – Crédit photo : Denis Farley

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