In memoriam : 33 estampes et un dessin du maître catalan Antoni Tàpies au MBAM / Entrée libre

ANTONI TÀPIES
jusqu’au 9 décembre 2012
In memoriam
33 estampes et un dessin du maître catalan
Héritier d’une brillante avant-garde espagnole où trônent Pablo Picasso et Joan Miró, Antoni Tàpies est reconnu comme la figure de proue du monde artistique de son pays durant la seconde moitié du XXe siècle. Dans l’exposition In memoriam présentée par le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) jusqu’au 9 décembre 2012, trente-trois estampes et un dessin acquis récemment illustrent l’originalité, la richesse et la profondeur de l’œuvre gravé de cet artiste et pionnier prolifique, fruit de quarante ans de carrière. Collagraphie (une forme de gaufrage), collage, flocage, lacération, pliage et découpage, autant de techniques non conventionnelles utilisées abondamment par ce maître catalan, se retrouvent au Centre des arts graphiques pour cette exposition aux accents hispaniques dont l’entrée est libre en tout temps. Grâce à la récente générosité de plusieurs donateurs, du docteur Yvon Tardif en particulier, la collection du Musée compte désormais quelque quatre-vingt gravures et livres d’artiste d’Antoni Tàpies, ainsi qu’un dessin. Anne Grace, conservatrice de l’art moderne au MBAM, indique que « les œuvres graphiques de Tàpies, tout en explorant l’esthétique et les possibilités expressives de l’estampe, sont étroitement reliées à ses peintures, assemblages et sculptures. Par son approche iconoclaste de la gravure, il a apporté une contribution majeure à ce médium. »

Tàpies, artiste talentueux et avant-gardiste dès ses débuts
Né à Barcelone en 1923, au sein d’une famille nationaliste catalane cultivée qui a œuvré dans l’édition et le commerce de livres depuis le XIXe siècle, Tàpies manifeste naturellement un goût précoce pour les livres et la lecture. Il étudie le droit à l’Université de Barcelone, mais son intérêt pour le dessin, qu’il a développé durant de longues périodes de maladie dans sa jeunesse, prend peu à peu le dessus. Il abandonne ses études pour devenir artiste.
Essentiellement autodidacte, il commence à créer, en 1945, des œuvres influencées par la philosophie orientale, usant d’empâtements épais, de collages, d’objets trouvés et de graffitis. Sous le régime de Franco, ayant découvert les écrits de Heidegger et de Sartre, il fréquente les réunions clandestines du Baus (Bleu), un groupe d’écrivains catalans iconoclastes. L’art de Tàpies suscite la controverse lorsque son travail est exposé pour la première fois au Salo d’Octubre de Barcelone, en 1948. Il développe assez tôt un style distinctif qui se caractérise par l’utilisation fréquente de débris de terre et de pierre dans ses œuvres et s’inscrit ainsi dans une exploration continuelle des formes et des matériaux. On le relie parfois à l’Art informel, un mouvement qui insistait sur l’emploi expressif de la matière dans l’activité artistique.
L’œuvre de Tàpies est très tôt largement reconnue : dès 1950, il remporte le premier prix de l’exposition Carnegie International de Pittsburgh et reçoit une bourse du gouvernement français pour étudier à Paris. Il participe à la Biennale de Venise en 1952 et l’année suivante, il expose à la galerie Martha Jackson de New York, où il découvre l’expressionnisme abstrait. Les plus importants musées d’Europe, du Japon, d’Amérique du Nord et du Sud présentent ses œuvres au cours des années 1950 et 1960, ce qui témoigne de la réussite d’une carrière internationale. Bien qu’elle présente quelques affinités avec l’avant-garde de ce temps, l’œuvre de Tàpies ne se conforme à aucune règle. Son intérêt pour un nombre limité de thèmes et d’objets récurrents, son exploration des fondements matériels de la peinture et son usage de l’écriture (on pourrait prétendre qu’il écrit plus qu’il ne peint) placent l’art de ce créateur introspectif aux marges de l’héritage moderniste.
Centre des arts graphiques
Musée des beaux-arts de Montréal
1380 Sherbrooke Ouest
Montréal, QC
H3G 1J5
(514)-285-2000
Antoni Tàpies, Sans titre (1972) De la série « Suite Catalana », aquatinte, 76,1 x 101,5 cm MBAM, don de Yvon Tardif, m.d. © Succession Antoni Tàpies / SODRAC (2012)
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