Kent Monkman – Miss America / Pierre-François Ouellette art contemporain

 
 
 
 
 
 
 
Kent Monkman
 
Miss America


 
 
Du 25 août au 22 septembre 2012
 
 
 
 
Vernissage
 25.08.12
14h30 – 17h
 
 
 
 
« J’effectue un pillage de l’histoire de la peinture, de la période baroque au romantisme, afin d’étudier et de mettre au défi la subjectivité du regard européen sur les peuples autochtones et le ‘‘Nouveau monde’’. »
 
…Kent Monkman
 
 
 
Kent Monkman s’est distingué comme l’un des artistes contemporains canadiens les plus dynamiques et engageants. L’histoire, selon lui, n’est pas un récit statique et répressif de stéréotypes fallacieux et de tropes historiques épuisés, mais constitue plutôt une matière malléable, mûre pour une ré-imagination et une repopulation.
 
 
Pour Miss America, Monkman s’est inspiré de Giovanni Battista Tiepolo.
 
 
Sa reprise du cycle des Quatre continents (1754) de Tiepolo – fresques réalisées au plafond de la Résidence de Wurtzbourg, Bavière –, plus précisément de l’Amérique, met en question « l’Âge de la Raison » euro-occidental au moyen d’une remise en scène de l’allégorie et du classicisme dans un contexte autochtone canadien. Le cycle de Tiepolo est typique non seulement du riche langage allégorique des conceptualisations du monde de la Renaissance et de la période baroque, mais aussi des philosophies humanistes qui caractérisent les Lumières – l’esthétique de l’Antiquité classique jumelée à la quête d’une vérité impériale effectuée par la raison, et permettant de trouver l’ordre dans le chaos. De manière semblable, en s’appropriant ces outils compositionnels, syntaxiques et iconographiques, Monkman empile des corps indigènes et non indigènes, palpables, somptueux et bien en chair, dans une représentation exacerbée des Amériques qui à la fois affirme et sape le « rationnalisme » de l’époque.
 
 
 
À l’instar de l’ensemble de la production de Monkman, cette réalisation récente fascine et séduit par le caractère grivois de sa sexualité, par sa critique du récit historique convenu, ainsi que par son élégance et sa riche présence matérielle. Monkman ne transforme pas les sujets de ses œuvres en objets de satire, ni ne les amoindrit-il. Plutôt, il les évalue et les re-situe selon des modes significatifs, profonds et merveilleux. En monumentalisant l’expérience autochtone des Amériques, il postule une trajectoire historique différente, désamorçant les fantaisies apocryphes de la suprématie coloniale et du destin manifeste.
 
 
Son indigénisation du canon euro-occidental crée une tragicomédie à sens multiples, qui se déploie dans un univers d’illusions mythiques, de désirs conscients et inconscients et de réflexions sur la violence socioculturelle, ainsi que par des actes… de pure magie ! Monkman réalise de grandes œuvres de subversion et de sensualité, qui répondent à et produisent un discours anticolonialiste imprégné de la continuité du rationalisme et de l’impérialisme participant de l’imaginaire contemporain et historique. Ce sont des constructions de présence qui démêlent des paradigmes existants, attirant l’attention sur le caractère exclusif de l’histoire prescrite.
 
 
La profonde indigénisation du paysage effectuée par les figures de Monkman est inimaginable pour les dogmatistes de l’histoire de l’art. Ses Amériques à lui sont peuplées de corps robustes se débattant au sein d’un savoir impérial colonialiste – nul n’en est exempt.
 
 
Leurs ébats exubérants traversant la toile constituent simultanément une célébration et une condamnation de la spécificité culturelle minée par l’État-nation. L’imagerie complexe exige du regardeur qu’il ou elle observe et s’oriente dans ce qui ne peut être qu’un discours intensément politique de violentes confluences et de différences. Ceci est un point, et un site, de résistance et de souveraineté pour les peuples autochtones. Et s’élevant au-dessus de la mêlée, parmi le tumulte et le chaos, se trouve l’alter ego de Monkman, Miss Chief Eagle Testickle (Miss Testicule Aigle en chef); éblouissante, imperturbable, souple et… majestueuse, dans toute sa splendeur.
 
 
 
Miss America, en effet!
 
Texte de Steve Loft / Rachelle Dickenson, 2012
 
 
 
 
 
Pierre-François Ouellette art contemporain
372, Ste-Catherine Ouest #216
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H3B 1A2
Tél: (514) 395 – 6032
 
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