BIG BANG, SMALL BOUM, MBAM, MACM / Damien Fière

 
 
Damien Fière
Chroniqueur
 
 
 

 

Le vrai « Big bang » pour le Musée des beaux-arts de Montréal, c’est sa toute nouvelle extension dans l’ancienne église Erskine and American United (et non sa dernière exposition-divertissement, sans grand intérêt pour les amateurs, si ce n’est celui de revoir quelques belles oeuvres). Malgré quelques bémols, la nouvelle aile du musée est un enchantement. Au-delà de l’éblouissement qu’elle nous procure, elle nous donne l’occasion d’une amorce de réflexion sur la place de l’art contemporain actuel dans nos musées montréalais.
 
 
Assurément, le nouveau Pavillon Claire et Marc Bourgie est splendide, tant dans sa réalisation que dans sa vocation. Enfin! Enfin un écrin de choix où le visiteur peut avoir, en permanence, une vision cohérente et raisonnablement détaillée de l’art moderne et « contemporain historique » au Québec, avec un corpus d’oeuvres de premier plan. Répétez après moi : « Merci les Bourgie! »
 
 
 
 
 

 

 

Superbement installée au rez-de-chaussée (pardon, au « niveau S1″!), Le Temps des manifestes est la section qui a ma préférence, pour des raisons faciles à comprendre. Accueilli par Riopelle (ill. Gravité, 1956), on traverse un feu d’artifice signé Robert Roussil (Ah! la scandaleuse sculpture Famille de 1949), Alfred Pellan, Rita Letendre et bien d’autres. Charles Daudelin, qui bénéficiait déjà d’une belle salle au MNBA de Québec mais était trop injustement oublié à Montréal. On retrouve ensuite Riopelle, avec la magnifique salle qui lui est dédiée (entre autres, Soleil de minuit et des eaux fortes de 1968 vraiment fortes). L’enchantement est à son comble avec Paul-Émile Borduas, notre préféré. Composition 33 ou Mushroom, Étoile Noire (ill.), Symphonie en damier blanc, un régal.

 

Au sous-sol (« S2″), la fête continue avec de très grands formats (Iceberg No 1 de Riopelle, 1967) Jean Mc Ewen, Molinari, Yves Gaucher. L’étage « 1″, 1920-1930, Les chemins de la modernité, est charmant et nous offre une belle sélection – entre autres – d’Edwin Holgate, Prudence Heward (Au théâtre, 1928), et du Groupe des Sept.

 

 

 
 
L’époque des salons (N2) est tout aussi passionnante, elle regroupe d’ailleurs les premières oeuvres « contemporaines » achetées par le musée à partir de 1860 (ill. Marc-Aurèle de Foy Suzor-Côté, Femmes de Caughnawaga). Les niveaux 3 et 4 (Identités fondatrices 1700-1870 , ill., et Art inuit) ramassent bien leurs sujets respectifs même s’ils ne constituent pas les fonds les plus variés du musée.
 
 

 

 
Pavillon Bourgie, parcours sans faute?
 
 
Pas tout à fait, même si la brochure du MBAM proclame fièrement que le musée « se réinvente entièrement ». Par exemple, le corridor sous-terrain qui relie les deux ailes en passant sous la rue Sherbrooke est bien étroit. Les grands formats qui tapissent ses murs font parfois un peu stockage opportuniste (ils étaient grands alors on les a mis là), avec un effet « rang d’oignons » pas tout à fait évité. D’autre part, le choix d’architecture intérieure qui suit un parti-pris de rigueur, voire d’ascèse, exagéré. On aime bien le dépouillement et la mise en valeur des œuvres. Mais nous servir des droites et des angles, des dégradés de gris et de bruns, du marbre funéraire ainsi qu’un sol en granité qui m’a rappelé les cantines scolaires de mon enfance – non décidément, ça ne rigole pas! Un peu plus de légèreté dans le propos n’aurait pas nuit.
 
 
 

 
 
 
Enfin, l’aménagement extérieur est à mes yeux réellement raté, esthétiquement parlant. L’enseigne multicolore du musée, gravée sur un grand portique de marbre, est étrange. Le « rappel » est lourd et ne fonctionne pas. Non moins étrange, le statue « kolossale » en bronze de David Altmedj. Certes, Altmedj nous a souvent inspiré une certaine réserve, Biennale de Venise ou pas. Mais au moins, son oeuvre trouve sa force dans une présentation intérieure et son sens dans la confrontation de matières et de matériaux composites. Figée dans le bronze (surtout celui-ci avec une patine dorée), elle ressemble plutôt à une de ces médiocres productions d’inspiration symboliste ou pseudo-surréaliste qu’on trouve sur le marché de l’art bling-bling international. C’est dit!
 
 
Ce qui nous amène d’ailleurs à un sujet beaucoup plus essentiel : que fait le MBAM en développant sa programmation d’art contemporain « actuel », alors qu’une autre institution muséale de taille, le MACM, est a priori là pour ça? Une querelle de famille en vue?
 
 
Si c’est le cas, la métaphore serait celle-ci: le MBAM, c’est l’oncle brillant de la famille, celui qui réussit tout ce qu’il entreprend, celui que tout le monde écoute. On l’aime bien et pourtant, il nous énerve de temps en temps, avec son somptueux loft en centre-ville, ses amis impeccables et lisses, ses signes extérieurs de richesse et sa façon de se mêler et de donner son avis sur tout. S’il avait une voiture, ce serait sûrement une grosse cylindrée allemande. Pendant ce temps le MACM, c’est la tante solitaire un peu fofolle, souvent brouillonne et presque toujours désargentée. On ne sait pas toujours très bien où elle habite. Elle a des amis bizarres et elle roule dans un char un peu usagé. Elle a de bonnes idées, parfois flyées, parfois brillantes. Mais ça ne suffit pas, il faut être réaliste et faire preuve d’une certaine stabilité, dans la vie…
 
 
 
Mon point de vue? Il faut que ça change! (je sais, en ce moment, tout le monde veut que ça change, dans tous les domaines). Ah, si seulement l’oncle MBAM et la tante MACM arrivaient à se partager la vedette, équitablement…
 
 
 
 
 
Damien Fière
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(ici)
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