Raymond Gervais et Patrick Bernatchez – retour vers le futur / par Damien Fière

 
 
Raymond Gervais
et Patrick Bernatchez
- retour vers le futur
 
 
Par Damien Fière
 
 
 
Sous le commissariat de Nicole Gingras, Raymond Gervais nous offre une magnifique exposition, à la Galerie Leonard et Bina Ellen (Raymond Gervais 3 X 1). Bien documentée, chaleureuse, elle peut se vivre à la fois comme la rétrospective d’une œuvre et un aperçu, assez rare par la richesse de son contenu, sur l’art sonore/musical, expérimental et conceptuel au Québec.
 
 
40 ans après ses débuts, Raymond Gervais a su rapprocher l’art visuel de la musique et de l’expérimentation sonore sous forme d’installations, de vidéos et de performances. Depuis ses débuts, rien de ce qui est musical-expérimental ne lui a échappé. Artiste, mélomane, animateur, conservateur, collectionneur, ludion, il a, littéralement, « pratiqué » la musique.
 
 
Gervais s’intéresse au monde musical pour sa dimension sonore, mais aussi dit-il, « pour l’aspect visuel des disques, leurs possibilités plastiques, oniriques ». D’ailleurs depuis plus de dix ans, le silence occupe une place aussi importante dans sa démarche, que le son.
 
 
 
 

 
 
Ses notes d’installation de 1976 sont à la fois ingénues et visionnaires. Lisez-les, elles sont en vitrine! Apple devrait lui verser des redevances pour avoir aussi bien pressenti la mondialisation de la musique, donc sa dématérialisation, et son utilisation à des fins proprement illimitées (commerciales bien sûr mais aussi artistiques, politiques, érotiques, name it).
 
 
Bien des « jeunots » du pays doivent beaucoup à Gervais. Pour en nommer quelques uns, Martin Tétrault et son quasiment fameux Quatuor de tourne-disques, qui passeront le 30 novembre au MACM; PME-Art (Le DJ qui donnait trop d’informations, Hospitalité 5, 2011 – du 15 au 17 novembre à Düsseldorf). Ou encore (re-retour sur la Triennale), la très intéressante Magali Babin et sa mise en scène des sons subaquatiques du Saint-Laurent (Bruits de fond, 2010-2011).
 
 
 
 

 
 
Raymond Gervais 3 X 1 à la Galerie Leonard et Bina Ellen, jusqu’au 10 décembre 2011.
 
À le voir comme ça, joyeux, jeune et beau gars, sa casquette d’artiste rivée sur la tête, on ne le croirait pas. Mais Patrick Bernatchez a le pressentiment obsessionnel du temps.
 
 
 

 
 
Le temps écrasant, le vrai. Le temps non humain. Celui que nous raconte la science avec l’infiniment petit, l’infiniment grand, les cycles du cosmos et la possibilité, de plus en plus plausible, d’une multitude d’univers parallèles. La brièveté des civilisations, de la vie humaine, des souvenirs, c’est peut-être un thème ancien (Melancholia de Dürer) mais l’obsession du temps est dans l’air du temps, renouvelée par l’actualité scientifique (et politique, aussi). Les artistes s’emparent de cette angoisse existentielle very 21st Century, pour en faire quelque chose. Pour Bernatchez il s’agit d’utiliser la vidéo, la peinture, la photo ou la conception d’objets archéologiques du futur, offerts comme autant de témoignages d’univers parallèles.
 
 
 

 
 
Ainsi de BW (Black Watch), montre conçue pour faire, vraiment, le tour du cadran en 1000 ans, en connivence avec l’horloger suisse Roman Winiger. Ou du piano du projet Goldberg Experienced, placé en face d’une salle obscure où l’on peut voir le film de l’exécution d’une de ces variations. Le piano est collé au plafond, l’interprète a la tête en bas. Un classicisme cosmique digne de 2001, l’Odyssée de l’espace. Parmi les vidéos, on retrouve comme des amies celle de la voiture emplie d’eau et celle du bureau désaffecté et reconquis par la nature au fil du temps, si appréciée dans l’exposition Chimère / Shimmer de Québec. Les objets quant à eux (tenues spatiales, plaques, outils plus ou moins identifiés) portent les stigmates, le brouillard et les traces d’oxydations qu’on voit habituellement dans les vitrines de nos musées, dans la section des antiquités.
 
Sur son site, Bernatchez annonce son futur projet, Piano orbital, qui « sera dévoilé ponctuellement au cours des prochaines années ». Il y a le temps
 
 
Galerie de l’UQAM, Patrick Bernatchez, Lost in Time (première exposition solo) jusqu’au 2 décembre 2011. Il est aussi exposé par la jeune et dynamique Galerie Bertrand Grimond, à Paris.
 
 
 
 
 
Patrick Bernatchez

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Entre deux activités très humaines, les artistes nous font toucher à deux ou trois mystères de l’univers. Mais ils n’échappent pas à ses hasards. La tragique disparition de Mathieu Lefèvre la semaine dernière, à Brooklyn, nous le rappelle… Rubrique nécrologique, pour ceux que ça intéresse encore (c’est vieux, ça date du 18 octobre) dans Le Devoir et dans Voir, aussi.
 
 
 
 
Damien Fière
regardemontreal
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